Un printemps à Tchernobyl

Emmanuel LEPAGE

Futuropolis, 2012



Drôle d'idée d'aller se balader près de Tchernobyl pour faire des dessins ! Ca a beau être vingt-deux ans après la catastrophe, c'est pas l'endroit le plus bucolique, champêtre et charmant que l'on puisse trouver. Et pourtant, à l'appel de l'association Dessin'Acteurs, Emmanuel Lepage se rend sur les lieux du drame, en train, pour mieux appréhender la distance.

Un accident dont nos politiques ont largement cherché à cacher l'aspect dangereux. Et pourtant, aujourd'hui, l'OMS reconnaît que cinq millions de personnes ont été contaminées par l'accident de la centrale et quatre mille en seraient mortes. Mais ces chiffres sont contestés par plusieurs organisations non gouvernementales qui avancent plutôt le nombre de vingt-cinq à cent mille morts ! A dix-neuf ans, le 26 avril 1986, Emmanuel Lepage découvre l'annonce de la catastrophe au journal télé du soir.

Dans la zone contaminée, pas facile de dessiner avec des gants, sans s'asseoir par terre, et en vingt minutes seulement : c'est le temps maximal d'exposition possible. Grâce aux dessins d'Emmanuel Lepage, on découvre une zone sans vie dont la superficie est proche de celle du Luxembourg ! Une ambiance carrément post-apo : vitres brisées, grande roue abandonnée, jouets traînant dans les rues. Et attention à sauter par-dessus les flaques qui sont gorgées de radio-nucléotides.

L'album est prenant, non seulement pour le courage manifesté par l'auteur, mais aussi pour la convivialité qu'il va croiser : celle d'hommes et de femmes conscients de vivre proche d'une vraie bombe invisible mais accrochés à la vie. Le dessin est noir, bien sûr. Dans la lignée de Voyage aux îles de la Désolation, que, perso, j'avais aimé. Le dessin reportage, Emmanuel Lepage, c'est son truc !

Marc Suquet

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