Terreur

Dan SIMMONS

Pocket, 2010
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Daniel Brèque



1042 pages... Quand Gaëlle me l'a conseillé, j'ai senti le pavé dont je n'arriverais jamais à me sortir. Que nenni ! Je me suis totalement laissé embarquer par ce bouquin fleuve. Une véritable histoire d'aventures. Pensez : en 1845, cent vingt-neuf hommes embarquent sur deux bateaux, les HMS Erebus et Terror. Direction le Grand Nord, le mythique passage du nord-ouest. A -70°C, il arrive que les dents se fracassent au bout de deux à trois heures de claquements. Scorbut, vengeance, meurtres, le nombre initial d'hommes est rapidement en chute libre. On assiste impuissant à la lente décomposition de l'équipage en butte à l'enfer blanc.

Sur la banquise, le premier contact avec les Esquimaux est un échec retentissant : manipulé par un quartier-maître, le groupe de "sauvages" sera éliminé à coups de fusil, "comme à la fête foraine" ! Et, pourtant, seuls les Esquimaux savent chasser sur la banquise : ils représentent la seule chance de salut pour l'expédition. Mais l'arrogance du Blanc est totale : on n'apprend pas de l'Esquimau ! Dan Simmons achève son bouquin par plusieurs chapitres sur la culture esquimau, expliquant la relation de ce peuple avec l'environnement, les animaux et le respect qu'il leur porte. Un vrai tribut à une culture originale et proche de la nature.

J'ai aimé le changement de psychologie des personnages : Crozier est le très British capitaine qui ne jure que par sa queen et la discipline. Et pourtant, après de multiples échecs, il comprendra la culture esquimau et s'y adaptera. Quant à l'aide-calfat Cornelius Hickey, la banquise aura raison de son ciboulot : en fin de parcours l'homme se prend pour un roi.

Le bouquin se fonde sur une histoire vraie. L'auteur s'essaye également au fantastique : il se balade sur la glace une créature plus grosse qu'un ours polaire mais dont la description reste toujours inachevée. Sa cruauté est terrifiante. Enfin, Dan Simmons fait quelques clins d'oeil à Hamlet, à Darwin, au Roi Lear mais aussi à l'Iliade ou à l'Odyssée. De la culture, donc.

J'ai aimé. Mais, bien sûr, il faut se laisser transporter par ce bouquin d'aventures et disposer d'un peu de temps pour venir à bout de ce pavé.

Marc Suquet

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