Je ne quitterai pas ce monde en vie

Steve EARLE

L'Ecailler, 2012
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Thomazeau



En même temps, je m'en doutais un peu ! "Je ne quitterai pas ce monde en vie" ou "I will not get out of this world alive" est le titre d'une chanson de Hank williams dont il faut que je vous entretienne un peu puisque Hank est un des personnages clés de ce roman sous sa forme spectrale, fantôme d'un chanteur et icône de la country music mort en 53 après une carrière météorique, puisqu'il décède à vingt-neuf ans ! Pour ceux qui considèrent la country comme un genre musical gonflant fait pour les rednecks imbibés de bière, glorifiant les amours tragiques et l'auto-défense, il y a de ça, mais pas que ! En effet, Hank Williams est considéré comme l'un des artistes les plus importants de tous les temps. Il émarge même soixante-quatorzième au classement de Rolling Stone Magazine sur les cent génies géniaux répertoriés ! (Quand je pense qu'Enrico Macias n'y figure même pas... lail lail lail...) Donc, Hank est grand, Hank est culte ! Il naquit en Alabama (sweet home...) avec une malformation de la colonne vertèbrale qui lui occasionna toute sa vie des douleurs terribles. De là à téter le goulot, il n'y a qu'un pas que Hank franchira avec aisance jusqu'à atterrir au fond du tonneau. Cependant qu'il abuse de toutes les substances prohibées, malgré ou grâce à cela, il réussira à tenir un rythme éreintant de tournées et d'émissions de radio jusqu'à sa mort précoce dans la voiture qui l'emmenait en tournée.

Mais qui hante donc Hank ? Eh bien Hank hante Doc. (Pour ceux qui arrivent à répéter ces deux phrases dix fois rapidement sans trébucher, je m'engage à me clouer la langue sur une table du Baïkal !) Doc est un médecin véreux, fils de famille déchu que sa junkitude a plongé dans la débine, il ne vit que pour se payer la prochaine dose en recousant des voyous et en avortant leurs copines. Son dealer est pour ainsi dire son seul ami, et c'est au paradis artificiel qu'il devise avec Hank qu'il a plus ou moins occis en lui faisant l'injection de trop ! Puis arrive Graciela, une fragile jeune Mexicaine abandonnée par son petit ami qui chamboulera la petite communauté de toute sa candeur et de sa grâce.

Placez toute l'histoire en 63 dans une banlieue merdique de Dallas pendant les événements autour de l'assassinat de JFK, secouez le tout et vous obtenez une bonne histoire avec son lot de bras cassés attachants à souhait qui trouveront chacun un accomplissement.

Allez mes frères, chantons en choeur "I saw the light, I saw the light" comme le faisaient Hank et après lui Johnny Cash. Voyez, la country ce n'est pas (que) de la daube !

Gaëlle

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