Le Camp des morts

Craig JOHNSON

Gallmeister, 2010
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides



Le shérif Walt Longmire accuse le coup. Dans le petit comté d'Absaroka où il fait régner l'ordre (plus ou moins), la population a beau être clairsemée, cela n'empêche pas les crimes. Pour preuve, il a perdu il y a quelques mois une femme qu'il aimait dans des circonstances tragiques. Cette fois-ci c'est son mentor, le vieux Lucian Connally, qui voit s'éteindre son amour de jeunesse, la magnifique Mari Baroja. Ou du moins prétend-il qu'elle a été tuée. Comment-cela se peut-il ? La vieille dame qui vivait recluse dans la maison de retraite de Durant était pourtant peu susceptible d'exciter la vindicte de qui que ce soit. En creusant, Walt va ramener à la surface bien des scories du passé et découvrir une face très sombre de la vie de ses concitoyens. Il a heureusement une petite troupe solide d'amis et de chers qui vont l'épauler. Henry Standing Bear, son frère de sang, lui prêtera la main et son tomahawk des forces spéciales pour lutter contre l'acrimonie et l'ombre du malfaisant époux de la belle basque mutique qui s'est endormie du dernier sommeil au coeur des montagnes du Wyoming.

N'ayant pas lu le premier tome au moment où j'écris cette chronique, il me manque à peine quelques éléments pour faire l'éloge du présent roman, qui est le deuxième d'une série. Belle écriture, belle édition, beaux personnages, tout m'a plu, comme d'habitude chez Gallmeister. "Dense et chaleureux", comme le dit le quatrième de couverture, mais pas franchement drôle par contre. Comme si on disait d'un vieux bourbon qu'il est gouleyant. Ca n'a pas grand chose à voir. On joue sur du velours. L'atmosphère rendue par un récit qui plonge dans le froid de l'hiver dans les grands espaces d'Amérique du Nord ne porte pas à l'humour mais plutôt à l'introspection. J'ai aimé l'intervention ponctuelle d'épisodes oniriques qui assaillent le shérif. Lors de circonstances particulières, les voix des vieux Cheyennes lui murmurent des secrets directement à l'âme, et le fantôme de la défunte vient le visiter pour le conforter dans son enquête. c'est typiquement le genre d'intervention mystique propre à séduire la romantique plus baudelairienne que fleur bleue que je suis. Il y a aussi le développement de la vie de ce petit groupe de personnes en marge d'une réserve indienne qui est passionnant. Du très bon cru, qui donne envie de se jeter sur le premier paru (Little Bird) et les suivants (L'Indien blanc et Enfants de poussière, qui vient de paraître).

Marion Godefroid-Richert

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