La Maison des feuilles

Mark Z. DANIELEWSKI

Denoël, 2002
Traduit de l"anglais, première parution dans la langue originale en 2000



Résumer La Maison des feuilles représente une véritable gageure, tant la construction de cet ouvrage relève plus de la schizophrénie littéraire que d'un récit classique. En effet, trois niveaux de narration s'enchevêtrent pour nous conter les errements des trois personnages principaux et de leurs proches.

A l'origine de tout, un film : The Navidson record, tourné par Will Navidson, le propriétaire d'une maison qui a l'étrange particularité d'être (beaucoup) plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ce film, qui montre les explorations successives de la maison, ainsi que l'évolution des relations entre Navidson et sa compagne, en une sorte de reality-show sous vidéo-surveillance, est décrit et analysé par un certain Zampanò. Ce sont les notes de cet homme que Johnny Errand découvre après sa mort et qu'il se charge de mettre en ordre à des fins de publication.

Enfin, à ces trois personnages principaux vient s'ajouter en annexe Pelafina, la mère de Johnny, qui nous révèle peut-être, dans les lettres adressées à son fils, la clef de l'ensemble du livre...

La Maison des feuilles est un énorme paradoxe : ce roman réunit tout ce qui ferait normalement fuir le lecteur à toutes jambes, et pourtant, c'est le contraire qui se produit. Danielewski multiplie les notes de bas de page, les digressions souvent parfaitement indigestes, avec une typographie qui rend parfois la lecture carrément impossible. Pour corser le tout, des passages essentiels à la compréhension du roman sont codés, en braille, en morse, voire sous la forme d'acrostiches ou d'anagrammes. La narration, qui s'appuie sur une mise en abîme vertigineuse, passe du coq à l'âne, sans logique immédiatement apparente. Malgré tout, le lecteur reste scotché devant ce livre, sans en perdre une miette.

C'est que, loin d'être aussi artificiels qu'ils peuvent en avoir l'air au premier abord, tous ces procédés d'écriture, poussés à l'extrême par l'auteur, constituent une sorte de métaphore de la maison de Navidson, et finalement de l'esprit des narrateurs. Il en ressort un plaisir extrême à se perdre littéralement dans le dédale de ces pages.

Malgré tout le marketing, savamment entretenu par l'auteur, qui entoure ce roman (Mark Z. Danielewski a été jusqu'à lire des passages de son livre en première partie de Depeche Mode avec sa chanteuse pop de soeoeur), La Maison des feuilles mérite plus qu'une simple lecture curieuse. Ce livre expérimental extrêmement réussi devrait longtemps marquer les esprits.

Mikael Cabon

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