La Petite Fille de ses rêves

Donna LEON

Points Policier, 2012
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par William Olivier Desmond



Le commissaire Guido Brunetti n'échappe pas aux douloureuses étapes de la vie d'adulte. Il accompagne le cercueil de sa mère jusqu'à sa dernière demeure, et revoit un vieil ami de son frère à cette occasion. Ancienne petite brute des cours d'école, Antonin Scallon a trouvé sa voie vers le Seigneur, est devenu missionnaire en Afrique et est revenu à Venise depuis peu. Il demande au policier de mener une recherche discrète pour soi-disant épargner une de ses ouailles. Mais Guido se méfie, le padre serait-il aussi prompt à se mettre en quatre s'il ne s'agissait pas surtout d'une très grosse somme d'argent ? Parallèlement à cela, il se trouve confronté à une enquête pénible. Une toute petite fille a été retrouvée morte, noyée, dans un des canaux de la belle cité. Personne n'a signalé sa disparition, et elle porte des stigmates qui laissent à penser que sa vie n'a pas été des plus roses jusqu'à son sinistre terme. C'est l'occasion de plonger dans un nouveau monde parallèle à la gentry vénitienne, celui des Roms.

Il devient difficile pour l'auteur de se renouveler. Ou bien elle vieillit ? On est en droit de se poser la question de savoir si même elle ne serait pas en train de se réveiller... Ces dernières années, on a eu droit avec son héros récurrent à une sorte de catalogue de la misère et/ou de la marginalité vue au travers du prisme du touriste américain aisé que cela concerne somme toute assez peu : il y a eu le tourisme pédophile dans les pays du tiers-monde, l'immigration illégale et la clandestinité, la question écologique attrapée par la queue, entre autres, et là, Donna Leon nous donne un aperçu de sa révélation (qui a l'air récente !) de l'existence des gens du voyage. C'est l'occasion pour elle de l'étalage de lieux communs et de points de vue banalement affligeants, du genre "pas tous à mettre dans le même sac", "une tout autre manière de vivre", "difficile à comprendre mais bien enquiquinants quand même", "quand y'en a un peu ça va, c'est quand y'en a beaucoup qu'ça va plus", etc. Un peu consternant tant elle évite avec soin de prendre position, de donner l'impression de juger, ou même de creuser un peu le sujet. Tout ce qui normalement fait l'intérêt du roman noir. Pendant longtemps, ses livres mettant en scène le commissaire vénitien ont été plaisants car dépaysants, appétissants de par le rapport important des personnages avec la gastronomie et la beauté enchanteresse des lieux des enquêtes. Là, on sent que l'auteur est en panne d'inspiration et finalement en arrive malgré elle à révéler une certaine pauvreté personnelle. Peu d'ampleur dans la vue d'ensemble sociale et culturelle, elle met en lumière de plus en plus à quel point elle est restée étrangère à la ville dont elle se réclame. On pourrait lui pardonner mais pourquoi alors continuer à mettre en scène un personnage qui ne bouge plus, dans des enquêtes sans intérêt sur des sujets qu'elle ne connaît pas et qui ne l'intéressent pas ? De grâce, Donna, arrêtez-vous ! Après tout, publier des livres de cuisine n'a rien de déshonorant ...

Marion Godefroid-Richert

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