Ayesha — La légende du peuple turquoise

ANGE

Bragelonne, 2005



Voici donc le roman-fleuve écrit à quatre mains par le couple qui forme Ange. Le troisième volet de la série a été compilé avec les deux premiers en un seul volume grand format édité chez Bragelonne. Disons-le tout de suite : bien que la spécialité de cet éditeur soit en quelque sorte la fantasy il serait réducteur de classifier l'ouvrage en tant que tel. Et ceci est d'autant plus vrai que l'éditeur en question et madame Ange s'étant retrouvés pas plus tard que la semaine dernière en la bonne ville de Plougastel-Daoulas pour parler fantasy en public, ils se sont tous les deux accordés à convenir qu'en fait la fantasy n'existe pas. Ce serait une invention des libraires et/ou des bibliothécaires pour ranger à part les livres " pas sérieux "(sic).

Bon. Ceci étant posé, de quoi parle l'ouvrage ? Nous sommes dans un lieu imaginaire (donc c'est un peu de la fantasy quand même), le Tanjor, organisé en différents territoires qui ne sont pas des pays, mais soit des monarchies, des aristocraties (au sens étymologique du terme, où le pouvoir est détenu par un petit nombre de personnes constituant une élite au sein de la population), des théocraties, etc. Les êtres qui peuplent ces territoires sont des humains, à un stade de développement technologique qu'on dira moyen-âgeux. Parmi les hommes libres vivent les esclaves (le peuple turquoise du titre) identifiables à leur peau claire, leurs yeux bleus, leurs cheveux blonds et une tache bleutée entre les omoplates. Une ancienne prophétie les a réduits en esclavage, une autre les guide qui annonce la venue d'une déesse qui viendra les délivrer et les conduire vers la liberté, la sus-nommée Ayesha. Voilà pour le décor. Les protagonistes de l'histoire sont nombreux mais bien sûr il y en a deux principaux, Marikani, reine d'un petit pays oriental du Tanjor et Arekh es Morales le mercenaire parricide. Marikani et Arekh se rencontrent au tout début de l'histoire, la première sauvant le deuxième de la noyade. Ce sauvetage va souder entre eux un lien très particulier d'amour-haine et à travers les maintes péripéties de l'histoire ils vont tous les deux passer leur temps à se tourner autour sans jamais vraiment être sur la même longueur d'onde. Dans la première partie Arekh aide Marikani à rentrer chez elle. Il se séparera d'elle après un coup de théâtre qu'on ne révèlera pas ici. Dans la deuxième partie Arekh fera la connaissance d'une petite esclave qui va changer sa vie et bouleverser sa vision des choses, Non'iama, tandis que Marikani va perdre son trône. Et dans la troisième partie tout le Tanjor va basculer dans le chaos entre la guerre contre les créatures des abysses et la rebellion des esclaves... De l'aventure et du suspense à toutes les pages ou presque !


Le livre complet a été écrit sur plusieurs années et c'est tant mieux, tant il est vrai que les personnages sont incroyablement évolutifs. Personne ne représente le bien ou le mal absolu, on est très loin des archétypes de mise dans ce genre littéraire. Même Laosimba, le liseur d'âmes, chef spirituel des religieux du Tanjor est représenté de telle manière que la soif de pouvoir est très nettement perceptible sous le fanatisme religieux. Marikani et Arekh vont chacun découvrir par la force des circonstances ce que l'autre prône : la jeune femme sera forcée de faire passer son destin et ses responsabilités devant ses convictions intimes au prix d'innombrables vies humaines, l'homme fier et amoral devra faire plier sa volonté devant une droiture qu'il ne se connaissait pas pour sauver une enfant qu'il hait et qu'il craint de façon viscérale. Tout cela alors qu'ils s'affrontent tous les deux sur la question de la religion. Ce récit est d'ailleurs et avant tout une quête initiatique sur le pouvoir du fanatisme religieux et un virulent pamphlet contre celui-ci. En fait ce n'est pas de la fantasy, c'est un essai politique !


Que cette dernière parole ne vous rebute pas, Ayesha est de la grande littérature. Laissez-vous tenter par le voyage...

Marion Godefroid-Richert

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