Je reste roi d'Espagne

Carlos SALEM

Actes Sud, 2011
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Daniele Schramm



"Je suis auteur de romans policiers... Mais il vaut mieux les écrire que les vivre, vous ne croyez pas ?" (p. 292)

"L'Espagne a besoin de moi.
L'Espagne et moi sommes dans la merde." (José Maria Arregui, p. 147)

Numéro Un est parti.
Il y a trois jours.
Il s'échappe de temps en temps, mais jamais plus que quelques heures. Il n'a jamais disparu aussi longtemps. C'est très grave.
Numéro Un ? C'est Juan Carlos, le roi d'Espagne ! Il a laissé un mot. Très étrange : "Je vais chercher le petit garçon. Je reviendrai quand je l'aurai retrouvé. Ou pas. Joyeux Noël."

En dernier recours, pour ramener le souverain fugueur, le ministre de l'Intérieur fait appel au détective privé José Maria Arregui, qui a quitté la police il y a deux ans, après une brillante carrière. Arregui, "un drôle d'animal au dire de ses anciens collègues." N'a-t-il d'ailleurs pas sauvé naguère la vie du Roi ? Malgré ses nombreuses réticences, Arregui se voit dans l'obligation de partir à la recherche du souverain. Souverain qu'il va d'ailleurs très vite retrouver... car il a su décrypter le mot laissé par Juan Carlos...
C'est ainsi que commence Je reste roi d'Espagne, le troisième roman traduit en français de Carlos Salem. Les lecteurs des deux premiers romans de cet écrivain "surprenant et talentueux" se doutent bien que le retour à la Casa Real, le Palais royal, ne sera pas de tout repos, d'autant plus que les deux hommes sont poursuivis par de redoutables et mystérieux tueurs qui veulent ? on ne sait trop pourquoi ? éliminer le roi.

Le road-movie peut alors démarrer. Il est fortement conseillé "d'attacher votre ceinture car ça risque de secouer". Poursuite à travers "une Espagne arriérée", rebondissements multiples, rencontres insolites, personnages étranges, farfelus, excentriques : un voyant "rétroviseur" qui ne peut deviner que le passé, un musicien qui roule toujours la fenêtre de sa voiture ouverte pour essayer d'entendre une mélodie qu'il a perdue... Citons encore l'écrivain Paco Ignacio Taibo, dans son propre rôle. Octavio Rincon et Raul Soldati, les protagonistes du premier roman de Carlos Salem... N'oublions pas, pour terminer, la brebis Rosita !

Le roman est bâti autour des deux personnages principaux : Juan Carlos, un souverain facétieux qui ne déteste pas se déguiser en hippie. Et surtout, "Arregui, personnage secondaire dans Nager sans se mouiller... devenu ici le protagoniste principal, avec promesses d'avenir..." (Carlos Salem, Remerciements, p. 395) Sur la piste de ces deux hommes traqués qui sont "comme ces duos désassortis des films policiers", nous pénétrons, une fois encore, dans l'univers si particulier de Carlos Salem, un univers parallèle où folie et poésie font bon ménage. Un univers onirique où humour et mélancolie transparaissent tout au long d'un récit où l'action ne manque pas. Car il y a de l'action dans ce road-movie totalement déglingué, rempli de clins d'oeil et de réminiscences. Un road-movie déjanté, tendre et noir, émouvant, ébouriffant, foisonnant, cocasse, irrévérencieux, baroque, burlesque, picaresque, jubilatoire !...

Une totale réussite ! Une fois de plus !...

Roque Le Gall

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