Les Ignorants

Étienne DAVODEAU

Futuropolis, 2011



"Tu pisses dans tes vignes ? Bravo.
- C'est pour qu'elles me reconnaissent." (p. 11)

"Le vin, c'est un truc pour se détendre ! C'est un point de rencontre. Un lien entre les gens." (p. 111)

"Si je comprends bien, pour faire un bouquin, tu veux venir bosser bénévolement dans mes vignes.
- Je veux aussi que tu m'expliques ce qui se passe dans ta cave et que tu m'inities à la dégustation. En échange tu découvriras la B.D. Je t'amènerai des livres. On ira voir des auteurs... et des vignerons..." (p. 3)

Tel est le marché que propose l'auteur de bande dessinée Etienne Davodeau à Richard Leroy, viticulteur bio en Anjou. Il ne connaît pas grand chose au monde de la vigne. Quant à Richard Leroy, il n'a quasiment jamais lu de B.D.

Pendant une année, chacun des deux "ignorants" va initier l'autre à son métier. Une initiation croisée, en quelque sorte. Taille de la vigne, décavaillonnage, ébourgeonnage, technique de la tonnellerie, découverte de la biodynamie, visite de différents vignerons, et, bien entendu, dégustation, en ce qui concerne Davodeau. Ce dernier choisira de nombreux albums de B.D. pour Richard Leroy, qui donnera son avis sur ses lectures. Un avis "sincère et parfois brutal." Il lui fera découvrir les secrets de fabrication d'un album. Visites chez l'imprimeur puis chez l'éditeur. Rencontres d'auteurs, expositions, festivals...

Au bout du compte, chacun des deux "ignorants" aura beaucoup appris en découvrant progressivement l'univers de l'autre. Ces deux hommes qui paraissaient si différents vont se découvrir de nombreux points communs : bonne volonté, curiosité, goût du travail bien fait - on pourrait même parler de passion -, respect des autres, même philosophie de l'existence. Cette bande dessinée, en noir et blanc (ce qui accentue encore le réalisme du récit), est en fait un documentaire, un reportage des plus intéressants. C'est également une belle histoire d'amitié et de générosité. Après la lecture de cet album, le lecteur se sent - forcément - moins "ignorant". 267 pages de bonheur ! A déguster sans modération !

P.S. : "La dégustation d"un livre est peut-être plus solitaire que celle d'un vin. Mais ils ont ceci de commun que leur goût se déploie et s'affine à la discussion." (p. 230)

Roque Le Gall

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