Les Deux du balcon

MASSE

Glénat, 2011



Petit, tout petit résumé. Soit deux individus assez dissemblables sur le plan physique et sur le plan moral. Chacune des saynètes du livre part d'une théorie scientifique pointue détournée de manière plaisamment et brillamment loufoque, afin d'atterrir sur une pirouette finale sans rapport avec le début.

Dit comme ça, on n'a pas très envie. Mais dès qu'on a l'objet en main, on change d'avis. Tant il est vrai que dans une chronique on peut difficilement mettre un exemple de l'image, qui constitue le passeport indispensable pour se lancer dans l'aventure de la lecture. Rien de prétentieux chez Masse, au contraire. Son respect et son amour de la chose scientifique explosent à chaque case dans un feu d'artifice de références pointues mêlées d'un humour caustique indescriptible.

De l'absurdité élevée au rang des beaux-arts, on connaissait déjà grâce à Beckett. Chez Masse, on attend Godot en discutant de la pluie et du beau temps moulinés à la physique quantique, on disserte sur l'effet papillon en jouant au billard avec une queue préprogrammée pour un seul coup, on apprend comment on a découvert que Dieu était gaucher (entre autres). Comme le dit si bien le physicien qui préface l'ouvrage, du sérieux mis en concurrence avec le dérisoire, de l'humour dans la soupe du chercheur qui a plus l'habitude de grimacer sous l'effet de la concentration que celui de l'extension du zygomatique. Pour le lecteur lambda, quelle plongée miraculeuse aussi dans un graphisme ébouriffant de maîtrise. Les concepts obscurs sont manipulés avec le même brio que la plume, et la mise en couleur talentueuse souligne le dessin magistralement. De la très haute qualité que l'éditeur fait bien de remettre à portée de tous.

Enfin, quel plaisir de voir qu'en matière de rire, on ne doit s'imposer aucune limite d'exigence, et qu'au sein même du savoir le plus érudit se cache la farce qui ravit le coeur quand se remplit la tête. On ne ressort pas de la lecture de cet ouvrage plus intelligent parce qu'on a appris ce qu'étaient la néoténie ou bien la tectonique des plaques, mais bien parce qu'on a ri en en lisant les mécanismes.

Marion Godefroid-Richert

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