Monsieur le Commandant

Romain SLOCOMBE

Nil, 2011
Coll. Les Affranchis



Monsieur le Commandant, c'est le titre de la lettre de Paul Jean Husson, un vieux collabo, de l'académie, mais collabo quand même. On rentre dans le livre facilement, en découvrant progressivement l'horrible personnalité de Paul Jean : vichyste, tradi, pétainiste, tout pour plaire, sauf qu'il faut lui reconnaitre le courage de ne pas rester anonyme. On retrouve dans le lien entre les deux officiers l'aspect culturel et élitiste de la relation entre le commandant von Rauffenstein et le capitaine de Boëldieu dans la Grande illusion de Renoir... sauf qu'ici, on a affaire à un collabo.

Paul Jean Husson est un personnage plein de contradictions : pétainiste, il protégera sa belle fille d'origine juive. Catholique traditionnel, il admet avoir connu plus d'une centaine de femmes durant sa vie et est bouleversé par son amour pour sa belle-fille !

Romain Slocombe s'est visiblement documenté sur la période et ajoute, en final de son bouquin, les références utilisées. Des citations de Claudel et notamment son ode à Pétain, Brasillach mais aussi l'horrible exposition Le Juif et la France, organisée par l'Institut d'étude des questions juives et utilisée pour faire admettre le principe du nettoyage ethnique. Ou encore Pierre Taittinger l'industriel et l'homme d'extrême droite Bernard Grasset déclarant que l'Allemagne devait servir d'exemple, mais aussi, à l'autre bord, Man Ray et son antinazisme viscéral ou encore la culture de l'écoute des radios.

Il faut parfois avoir le coeur bien accroché pour supporter quelques-uns des écrits de Husson, comme son passage sur la "lèpre juive" ou ses descriptions du "youpin Blum" et de la "juiverie qui a envahi en masse le corps des médecins". Le rythme et la tension augmentent terriblement au cours de la lecture de ce livre. La solution finale (le terme étant plutôt bien adapté) choisie par Paul Jean Husson pour trouver une porte de sortie à son inceste, fait froid dans le dos : ça existe donc, des gens comme cela !

J'ai beaucoup aimé le portrait intimiste de ce vieux salaud de Paul Jean Husson, coincé dans ses propres (l'adjectif n'est pas bien choisi) contradictions. Et surtout, lecteur, ne t'arrête pas en chemin : la fin laisse sans voix !

Marc Suquet

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