Un parfum de jitterbug

Tom ROBBINS

Gallmeister, 2011
coll. Americana



Rarement quatrième de couverture aura été aussi concis et cependant exhaustif. Soient les aventures du roi Alobar le conquérant, chef de tribu du huitième siècle en Bohême qui refusa de se soumettre à la tradition en étant tué au premier signe de vieillissement. Il se lance dans ce qui n'était pas encore l'Europe et au-delà à la poursuite de l'immortalité. Sur sa route, il croisera Pan le dieu aux pieds fourchus et à l'arôme incomparable de bouc en rut, Kudra la jeune indienne passionnée de fragrances qui se rebellera elle aussi contre l'injuste destin promis, et les docteurs bandaloops, gardiens du secret de longue vie. Sa quête le mènera tout autour du globe et jusqu'à nos jours où elle interfèrera malicieusement avec les vies de plusieurs personnages hauts en couleur, par l'intermédiaire le plus improbable, modeste et dédaigné qui soit : la betterave.

Enfin, un autre hurluberlu peut rejoindre Christopher Moore dans la case qu'il occupait auparavant seul en majesté. Tim Robbins développe le même humour, le même sens paillard et rigolard de la narration, la même galaxie littéraire peuplée de références culturelles n'appartenant qu'à lui. L'écriture de ce roman est ô combien réjouissante et satisfait les mains autant que l'esprit. Une production de Gallmeister, cet éditeur au goût si sûr qu'on peut presque prendre un de ses livres sans lire un aperçu ce qu'il contient, juste sur la foi qu'il a été choisi.

On pourrait au départ se demander pertinemment s'il s'agit bien de littérature noire et s'il est légitime d'en retrouver une chronique sur le site de MGRB. Tim Robbins est - tout comme Moore ou même notre dernier coup de coeur en date, Carlos Salem - trans-genres, tellement bon sur le loufoque qu'on ne peut définir avec certitude à quel bord il appartient. Les éléments fantastiques du récit, le ton gouailleur et les ruptures de style rangent le roman du côté noir. La fluidité du discours, les références précises, la connaissance pointue des sujets abordés voguent plutôt du côté blanc. Mais après tout on n'est pas obligé de se décider, foncez. C'est du plaisir en plus de 400 pages (vous aurez le temps de savourer).

Marion Godefroid-Richert

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