Aller simple

Carlos SALEM

Actes Sud, 2010
Coll. Babel Noir



Je n'aime pas le mot jubilatoire, adjectif tarte à la crème, look tendance, glorifiant les bouquins que l'on a aimé particulièrement et devenu fadasse ou mièvre à force d'utilisation. Mais là, que dire de différent. Donc, j'ose employer le terme dont la signification, "qui entraîne une grande joie", est parfaitement adaptée à ce bouquin : la vache, Aller simple, c'est jubilatoire !

Ah comme c'est bon de faire dans le bongenrisme littéraire. Mais une fois passée la fugace joie, qu'en est-il de ce merveilleux petit bouquin ? Ca démarre très fort avec la première phrase : "Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances." Et puis ça ne s'arrêtera pas, Octavio va nous entraîner irrémédiablement dans son histoire totale loufoque : imaginez un petit fonctionnaire qui menacera des truands boliviens, un P38 à la main !

On tombe dans ce bouquin sur de superbes persos : Soldati, l'homme d'affaires vendeur de glaces, escroc bouillonnant de vie et révolutionnaire qui disparaît puis réapparaît au détour des cadavres, un Nobel qui n'a encore rien écrit. Ça grouille d'humanisme : de la prostituée heureuse de sa nuit et qui refuse de se faire payer aux superbes moments philosophiques sur le malheur et le choix que l'on a de l'ignorer.

Carlos Salem ne boude pas le fantastique : Charly se voit en Carlos Gardel, obsédé par le meurtre de Julio Iglesias qui a repris ses tangos façon chanson pipi et tréteaux chantants ! Curieux tout de même de se prendre pour la réincarnation du chanteur compositeur de tango, dont on ne sait pas exactement s'il est né à Toulouse ou en Uruguay ! Salem ne boude pas non plus le complètement barge, comme le transport d'un cadavre dans un camion frigo pour glaces ou encore cette équipe de ciné qui tourne sans mettre de pellicules dans les caméras : des situations que l'on croirait trouver dans les films de Kusturica.

Aller simple, c'est vivant, cru, fantastique, humain, pétillant, imaginatif, débordant. Carlos, je craque, c'est jubilatoire !

Marc Suquet

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