Les Chiens de Riga

Henning MANKELL

Seuil, 2004



Voilà le dernier Mankell de la trilogie que j'ai achetée d'occase chez un bouquiniste. C'est en fait le numéro 2, mais paru seulement en 2003. Pour ceux qui sont perdus, découvrir ici l'ordre officiel des bouquins. Un Mankell qui fait sortir Wallander de sa Suède et l'emmène en Lettonie. L'histoire débute par la découverte d'un Zodiac sur une plage de la région de l'inspecteur, la Scanie. Rien de bien anormal jusqu'ici, sauf que le canot contient deux corps, avec une balle définitivement coincée dans chacun. Des individus d'origine lettone et pour lesquels un policier de Riga vient prêter main forte à Wallander et à son enquête. Mais, aussitot retourné en Lettonie, ce policier est assassiné.

Wallander est en plein stress dans cette nouvelle histoire : suffisamment pour ressentir une douleur aiguë qui le conduira à l'hôpital. Un stress qui le conduit à se poser des questions sur son métier : une entreprise du coin recherche un responsable sécurité. N'est-ce pas l'occasion pour lui de calmer sa vie et de larguer la police ? Mais Wallander vit aussi avec un sacré paquet de terre collé à ses semelles : son père en premier lieu, qu'il n'arrive pas à connaître, mais aussi l'évolution de la société suédoise et les scandales politiques qui ponctuent la vie de ce pays.

L'original de cette enquête est l'ambiance que découvre Wallander en Lettonie. Pour ceux qui l'auraient oublié, la Lettonie, c'est celui du milieu parmi les trois pays que l'on mélange toujours un peu, Lettonie, Estonie, Lituanie. Le plus simple, c'est de regarder la carte. En 1940, le pays est envahi par l'URSS et quinze mille Lettons sont déportés par Staline. Seule une minorité survivra au Goulag. Le pays est ensuite envahi par les nazis puis, à la sortie de guerre, à nouveau par l'armée russe. Les Chiens de Riga décrit une société encore loin de la démocratie, autoritaire, dominée par la culture du secret ("chaque confidence est un fardeau"), les arrestations et même la torture. Pas bien facile pour Wallander d'y mener son enquête ! Face à un tel régime, c'est la peur qui domine l'inspecteur.

Wallander travaillera avec les opposants au régime, n'hésitant pas à oublier quelque peu sa hiérarchie et ses obligations pros. Ceux pour qui "la liberté est une tentation, comme une belle femme à laquelle on ne résiste pas". Mais "pour d'autres, la liberté est une menace qui doit être combattue par tous les moyens". Celle qui se bat contre l'importante minorité russe que soutient l'empire voisin.

Wallander sera très remué par la veuve du policier letton ! On trouve aussi des profils étonnants, comme celui qui connaît tous les canots de sauvetage existants et dont la connaissance sera bien utile à l'enquête. Curieux, les détails si persos que donne l'auteur, comme le furoncle qui éclot sur la fesse de Wallander !

L'ensemble laisse un gout indéfinissable. Pas celui d'une enquête policière passionnante, rythmée. Mais plutôt celle d'une peinture de l'autoritarisme qui englue la vie du pays. Un carcan que Wallander a bien du mal à briser. Toujours du plaisir à lire Mankell mais un tome bien original dans le sens où l'histoire n'est que très partiellement policière.

Marc Suquet

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