La Muraille invisible

Henning MANKELL

Seuil, 2003



Dangereux de se servir d'un distributeur de billets, puisque Tynnes Falk s'écroule mort en tapant son code. Quel est le lien avec le meurtre d'un chauffeur de taxi par deux ados ? Un nouveau défi pour Wallander.

Voici mon deuxième Wallander de l'été. Un Wallander beaucoup plus sage que dans sa précédente enquête : il petit-déjeune d'un yaourt, ne déjeune que rarement de burgers, se prépare une soupe de légumes au dîner et a donc logiquement perdu du poids. Par contre, coté picole, le commissaire a encore quelques progrès à faire. Mais serait-on un vrai perso de polar digne de ce nom, si on n'était pas soumis à la muse de la dive bouteille ? Et puis, côté sommeil ça reste encore limité, son enquête le poussant à des nuits de trente minutes, pas plus ! Le perso est toujours empreint de mélancolie : celle qu'il ressent par exemple lors de la perte de l'amitié de Sten, l'éleveur de chevaux. Un commissaire qui a parfois du bol que son portable tombe quand on lui tire dessus !

L'histoire n'épargne pas au lecteur quelques détails horribles, comme la mort d'une ado scotchée à des câbles haute tension dans un transformateur ! Henning Mankell ne manque pas de placer son lecteur devant quelques problèmes de politique générale : la diminution des effectifs de la police par exemple. Une inquiétude que l'on pourrait penser française et actuelle ? Ou encore, la malveillance des policiers suédois face à un nouveau collègue d'origine tunisienne. Mais aussi, une vraie critique de la Banque mondiale, accusée de ne soutenir que les riches et non les pays en voie de développement.

Des persos vraiment intéressants : ainsi, celui de Falk, l'informaticien, qui minute ses actions et reporte dans un petit cahier le temps précis qu'il passe à chaque séance de ménage. Mais aussi, les ados qui, bien que criminelles, affichent des chambres pleines de nounours.

Toujours du bon dans ce Mankell. Un suspense qui ne lâche pas le lecteur, qui vit une double histoire en se demandant bien comment les éléments vont se rapprocher. Et pourquoi ce détour par l'Angola ? Les fins de chapitres, d'une petite phrase seulement, obligent le pauvre lecteur à tourner la page et à continuer sur sa lancée au lieu d'éteindre sagement sa lampe de chevet.

Marc Suquet

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