Meurtriers sans visage

Henning MANKELL

Seuil, 2004



Un couple de paysans torturés et tués dans la Scanie, une région oubliée du sud de la Suède. L'angoisse de l'étranger déclenche une vague de violences. Wallander mène l'enquête.

MGRB profite toujours de l'été pour diminuer le niveau des piles de bouquins en retard qui traînent à coup sûr autour des lits. Pour ma part, et sur les conseils de mon excellent voisin, j'ai choisi de lire enfin les Mankell qui manquaient à ma culture. Coup de bol, j'ai trouvé chez un bouquiniste trois polars de cet auteur et j'ai donc décidé de devenir enfin un familier de l'inspecteur Wallander.

Wallander, c'est la tristesse : celle de l'absence après le départ de sa femme. Mais aussi celle d'un homme chez qui le suicide de sa fille Linda ne passe pas. Wallander est un anti héros dont Henning Mankell n'hésite pas à décrire quelques gestes du quotidiens pas toujours reluisants : la propreté douteuse de ses sous-vêtements, son oubli de se laver les dents ou encore son machisme rampant. Wallander, c'est aussi la lourdeur de la vie d'un homme qui voit son père yoyoter suffisamment pour ne pas le reconnaître. Bref, l'homme ne respire pas la joie.

Au milieu de sa tristesse, les respirations de Wallander sont celles des morceaux de musique que lui jouent les cassettes de sa voiture. Du classique et du bon : Requiem de Verdi, Dies irae, Aïda, Fidelio. Mais aussi de la poésie et des peintures. Bref, l'homme sait se ménager des parenthèses dans le stress des affaires qu'il traite.

Et pourtant, il se retrouve placé devant une scène d'une rare sauvagerie. Façon "Omar m'a tuer", la vieille femme assassinée murmure avant de mourir le mot "étranger". Un mot qui va déclencher la fureur des boeufs à courte vue que l'on trouve dans tous les pays et qui n'attendent que ce genre d'occasion pour fondre sur tout ce qui leur semble différent : un véritable Ku Klux Klan suédois ! Sur l'immigration, Wallander pose un regard nuancé : celui d'un homme qui pense que son pays est malgré tout un poil laxiste.  Pas que chez nous qu'il y a débat sur de tels sujets !

Mais sous le racisme ordinaire, se cache une affaire qui remonte bien plus loin et qui mélange argent, sexe et bien d'autres choses. Que vient faire ce noeud de marin que l'on ne trouve qu'en Argentine ?

Mankell évoque des aspects complémentaires comme la dictature de la presse à laquelle est soumis Wallander mais aussi la mollesse des services sociaux en Suède. Détail amusant, la 2CV est présente dans sa version crapaud, comme on la surnomme en Suède. Mais, cher M. Mankell, êtes-vous sûr qu'il y ait eu des modèles avec boîte à gants ?

Je suis resté pris par l'enquête du commissaire Wallander : de la piste évidente du racisme (qui bien sûr ne s'avérera pas être la bonne mais qui permet à l'auteur de décrire quelques-uns des travers de ses compatriotes) à la solution trouvée au meurtre sauvage du couple. Le perso de Wallander est attachant par la vie douloureuse et toutes les tristesses qui lui collent aux semelles. A la dernière page, Wallander trouve enfin l'occasion de dormir et le lecteur se remet d'un bouquin qu'il a pris un vrai plaisir à lire.



Marc Suquet

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