Itinéraire d'un pêcheur à la mouche

John D. Voelker

Gallmeister, 2006



Les multiples petites histoires et détails d'un mordu de pêche à la truite.

Sous l'auteur du polar Autopsie d'un meurtre se cachait un magistrat qui a mal tourné, fana de pêche à la truite dans sa région du Michigan. Le livre est constellé de ces petits détails qui font de John D. Voelker un artiste de la pêche à la mouche, un esthète du bambou fendu, un seigneur de la mouche et non un simple trempeur de fil. Pour s'en convaincre, on lira le chapitre intitulé "Péché de pêche au lancer", dans lequel l'auteur explique pourquoi "l'idée terrifiante de pêcher avec de la quincaillerie le rebute" : l'élégance, la beauté ou la subtilité de la canne à mouche ont définitivement rangé l'auteur du coté des artisans amoureux de la technique.

Les trucs et astuces des fondus de la truite sont passionnants : le coin secret que l'on aborde à pied par un détour pour éviter toute trace qui pourrait y conduire un pêcheur concurrent. Mais aussi la bagnole, une vieille Ford de 1928, "orpheline abandonnée dans le recoin obscur d'un hangar de voitures d'occasion" : pas le genre frime adopté par la confrérie des propriétaires de jeep, mais plutôt le coup de coeur qui sera rapidement bourré du matériel nécessaire pour aller taquiner les salmonidés.

Le texte est plein d'humour et notamment dans les passages liés au père de l'auteur. Le creusement d'un canal entre deux lacs révèle une surprise, le jour de l'inauguration : la pente du terrain est en fait dans le sens inverse de celui que l'on attendait et c'est donc le lac que l'on souhaitait remplir qui se videra ! Ou encore, les actions de repeuplement en perches, effectuées par le père de l'auteur, qui s'avèrent être... des mangeuses de truites !

Comme tout bon pêcheur, l'auteur ne donnera pas ses lieux de pêche : ne lisez pas ce livre pour les connaître, John D. Voelker se contente d'appeler son meilleur coin, le lac enchanté ! Il n'y a guère de femmes dans le monde des pêcheurs à la truite, on manoeuvre même pour les dégoûter, tout en les retrouvant au début de l'automne, lorsque la saison s'achève.

Un connaisseur donc mais qui avoue avec humilité : "Plus on pêche la truite, plus on est forcé d'arriver à la conclusion que personne ne sait ? même vaguement ? quand, ni où, la pêche sera bonne" ! Un bouquin d'amitié, de whisky, mais aussi de passion pour la truite.

Mais alors, pourquoi le chroniquer ici, MGRB étant plutôt branché polars ? Les éditions Gallmeister ont créé avec succès des personnages de pêcheurs qui n'hésitent pas, au détour d'une rivière, à manier colt et couteau pour joyeusement dézinguer qui de droit. Des histoires superbes que nous avons chroniquées dans ces colonnes. Ce bouquin introduira le lecteur dans le monde des fondus de la pêche. Un incontournable pour savourer, par la suite, les polars de ces éditions.

Et puis, ce bouquin m'a été prêté par mon ami Didier, un vrai pêcheur, même si adepte des eaux salées !

Marc Suquet

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