Totally Killer

Greg OLEAR

Gallmeister, 2011
Coll. Americana



Taylor, jeune trentenaire ambitieuse, a bien du mal à trouver du boulot dans le New York de 1991. Difficile, le monde du travail quand on n'a pas de piston ! Aussi, quand l'agence Quid Pro Quo lui propose le job pour lequel il faudrait être prêt à tuer, le tout accompagné d'un très bon salaire, la belle s'empresse d'accepter. Mais rapidement, elle comprend que dans la maison d'édition qu'elle vient de rejoindre, il va lui falloir effectivement descendre quelqu'un !

Voilà un bouquin qui ne laissera pas indifférent son lecteur. Ce qui marque, c'est le style de l'auteur : "Trente-cinq degrés à l'ombre, dernier chiffre enregistré au cours d'un été qui battait tous les records de chaleur et d'humidité. Une chaleur de four de boulanger, des gaz d'échappement de bus brûlants comme le souffle d'une bombe atomique, la puanteur de l'urine brûlante".

Et puis, quelle culture chez cet auteur : le roman est constellé de coups d'oeil sur une époque qui parle aux vioques que nous sommes : Yoko Ono que l'on rencontre dans l'ascenseur, Stairway To Heaven, LE morceau mythique de Led Zep, Dark Side of the Moon, celui des Floyd mais aussi Annie Lennox, la chanteuse-compositeur écossaise, Terminator et une vraie bibliothèque de bouquins et de musique (on trouvera quelques exemples en p. 17-18 pour les bouquins et 103 ou 121 pour la zique). On déniche aussi des remarques amusantes sur l'époque, comme les vingt prénoms les plus répandus : les filles branchées en 91 s'appellent Lisa, Michelle, Kimberley, Melissa... mais certainement pas Taylor. Encore que, cela donne à sa porteuse un air d'originalité. Bref, c'est un livre qui cultive le décor et qui en fait sa richesse. Celui d'une époque où Internet n'existait pas : et oui, un temps qui paraît bien loin !

Le scénario ne laisse pas non plus indifférent : qui refuserait, lorsqu'il se heurte à une suite de refus, un boulot de ce genre ? Et surtout quand le poste est celui d'éditrice ! Taylor, elle, fonce droit dans le panneau. D'autant plus que le panneau est présenté par Asher, un chasseur de têtes carrément craquant, le genre beau gosse, sûr de lui, et avec Jaguar s'il vous plaît ! Mais aussi un bon manipulateur qui finit par teinter le crime d'utilité envers la société : les baby-boomers prennent le travail des autres et plombent les bénéfices de sociétés par leurs gros salaires... Des proies de choix pour l'agence Quid Pro Quo et ses flingueurs. Une vraie mission de service publique que l'on propose à Taylor. Quelques couplets de bon sens sur le respect des salariés mais aussi sur le gain pour les patrons d'entreprises dans lesquelles les travailleurs sont considérés.

J'aime le perso de Todd Lander, le narrateur de cette histoire : amoureux transi de Taylor, mais qui n'ose le lui avouer. Alors, la vie est dure pour lui qui partage l'appartement de son amour. Un gars cool, pas prétentieux et qui, quand enfin il atteindra son but, passer la nuit avec Taylor, déclare : "Pour le dire simplement, baiser Taylor Schmidt constitua les trente plus belles secondes de ma vie !" Vous en connaissez beaucoup, vous, des gars comme ça, pas trop frime sur leur virilité ? La lecture en cachette par Todd du journal intime de Taylor va nous apprendre les détails de la vie de la jeune qui n'en veut.

Inutile d'attendre un suspense haletant dans ce bouquin : le lecteur sait d'entrée que l'héroïne va disparaître. Le point fort de Totally Killer, c'est le style original de Greg Olear, pêchu, plein d'humour, mais aussi le contexte culturel des années 90 retracé par l'auteur. Un bon premier bouquin d'un écrivain qui publiera bientôt un nouveau titre, Fathermucker.

Marc Suquet

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