Plaguers

Jeanne A. DEBATS

L'Atalante, 2010
coll. La Dentelle du Cygne



Nous avons déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien que nous pensions de Jeanne-A Debats en proposant dans nos coups de coeur son recueil de nouvelles Stratégies du réenchantement. Voici donc un roman d'icelle dont je pense également le plus grand bien.

Une planète moribonde aux ressources épuisées, à l'air raréfié que l'on paye au prix fort (surtout quand on est pauvre). Apparaissent çà et là à travers le monde une génération de mutants qui développent des dons étranges : faire apparaître des fleurs merveilleuses à chaque pas, des ruisseaux d'eau pure, des nuées de moustiques ou des saucisses de Strasbourg, que sais-je encore... Les humains normaux se défient des mutants et nomment leurs dons "plaies", puis les nomment "plaguers" par extension.

Les instances dirigeantes comprennent vite, malgré leur détestation des plaguers, qu'ils ont une certaine utilité (surtout quand on aime les saucisses de Strasbourg) et qu'il faut les protéger de la populace haineuse, qui les lynche à tours de bras ! On crée donc des réserves à plaguers où vont être jetés Quentin et Ylia, deux adolescents aisés que la plaie met au ban de leur propre famille. Pourtant, la punition se révèlera plutôt douce puisque la réserve est moins une prison qu'un lieu où il fait étonnament bon vivre : l'air y est sain, la nature florissante, la nourriture abondante ; les jeunes plaguers y poursuivent leurs études sous l'égide bienveillante et discrète des Multiples, sortes de super-plaguers (mutants de mutants, si vous voulez).

Tout devrait se passer pour le mieux dans cet éden, mises à part quelques brouilles d'adolescents remués par leurs hormones, si ne se profilaient des événements fâcheux pour l'avenir de la communauté, voire de l'humanité tout entière !

Bon, ce n'est pas d'une originalité folle, les gentils mutants face à l'obscurantime de ces salauds de pauvres qui ne pensent rien qu'à lyncher avant de réfléchir (remarque, quand ils réfléchissent, ils votent Le Pen), les riches qui ne pensent qu'à se goberger pendant que les autres en bavent (alors que, n'importe quoi !). La terre suppliciée, qu'on se croirait à Fukushima... En fait, voilà pourquoi tout cela n'est pas bien nouveau. Un peu dommage donc, un bon moment quand même, plutôt jeunesse comme coeur de cible.

Gaëlle

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