Totally Killer

Greg OLEAR

Gallmeister, 2011
Coll. Americana



"Une fois dans votre existence, si vous avez de la chance, vous rencontrez la femme de votre vie. Taylor Schmidt était de ce genre-là." (p. 11)

"Tout ce qui s'est passé c'est passé à New-York au cours de l'été et de l'automne 1991." (p. 17)

New-York, 2009 : "Me souvenir, c'est mon seul boulot, et ce n'est pas un travail facile..." Todd Lander, en effet, se souvient... Il nous raconte l'histoire de Taylor Schmidt, morte à 23 ans. En fait, il nous raconte "les derniers jours de sa trop courte vie" et il nous précise que "son histoire n'est pas une histoire insignifiante." Tout a commencé 18 ans auparavant, le 4 juillet 1991, jour de la fête nationale. Ce jour-là, Taylor Schmidt emménage dans l'appartement de Todd, 9e rue Est à New York, un deux-pièces petit mais impec... La nouvelle colocataire, fraîchement diplômée de l'université, arrive tout droit de son Missouri natal, "à la recherche d'un job et du grand amour..." Difficile de trouver un emploi pour une jeune diplômée en littérature anglaise sans expérience... Après de nombreux entretiens, sans espoir et parfois humiliants, elle va finir par se présenter à l'agence Quid pro quo, qui prétend être la meilleure de toutes les agences et qui propose "Des jobs... pour lesquels vous seriez prêts à tuer..."

Dès lors, l'histoire de Taylor Schmidt ne va certes pas être une histoire insignifiante. Ce dont elle ne se doute pas, c'est qu'il lui reste moins de quatre mois à vivre !...

..."Ethyl Ethyl let me squeeze you in my arms
Ethyl Ethyl come and freeze me with your charms..." (Cold Ethyl/Alice Cooper)

"C'est les baby-boomers qui ont foutu la merde... C'est pour ça qu'il faut les arrêter." (p. 71)

-"Mme Murtomaki, est-ce que vous êtes en train de me demander de faire ce que je pense que vous me demandez de faire ?" (p 241)

On n'est jamais déçu mais on est toujours surpris à la lecture d'un livre des éditions Gallmeister. Ils s'y entendent pour dénicher des perles, des livres insolites, chez Gallmeister ! C'est encore le cas avec ce roman d'un auteur inconnu, Greg Olear. Et pour cause, Totally Killer est son premier roman.

Taylor Schmidt, le personnage central, jeune fille attachante, symbole d'une génération sacrifiée par la crise économique, était le sexe incarné, "mais elle n'était pas une fille facile." "Amoureuse d'un enfoiré de psychopathe", le pervers, manipulateur, mais charismatique Asher Krug, elle sera finalement victime de la mystérieuse agence Quid pro quo. Une agence pas comme les autres. Une agence qui a trouvé une solution radicale pour résoudre le problème du chômage et des retraites. (Ceci n'est pas sans rappeler quelque peu Le Couperet, du grand Donald Westlake, n'est-ce pas Benoît ?). Le second personnage important est Todd Lander, le colocataire, le confident, l'ami de Taylor. Il n'a jamais aimé cette dernière (qu'il dit !) Il était tout simplement subjugué. C'est à lui, Todd "le fouineur...", "qu'incombe la tâche d'écrire l'histoire de Taylor."

A travers leur histoire et celle des autres protagonistes, c'est toute l'histoire de cette génération sacrifiée que nous raconte l'auteur. Avec brio, il nous décrit les rêves déçus de cette génération de plus en plus amère, désabusée, frustrée, désespérée :

- Ton ironique, parfois cynique, toujours brillant.
- Multiples références aux années 90, évocation d'un New-York qui n'existe plus.
- Construction intelligente qui maintient le suspense.

Ce premier roman combine de nombreux genres : satire sociale mordante, thriller (dans lequel se mélangent théorie du complot et culture pop), roman noir, fable, portrait d'une époque... Il y est aussi bien question de télé-réalité que de Duran Duran... On y croise Dick Cheney, Yoko Ono et (peut-être) Robert Maxwell... Ce roman captivant, intelligent, ingénieux, débridé, iconoclaste, subversif, roublard, jubilatoire et totalement farfelu est un vrai bonheur de lecture. Totally brilliant !

P.S. :
- Il faut saluer le travail de traduction de François Happe.
- Greg Olear travaille actuellement à son second livre, intitulé Fathermucker.

Roque Le Gall

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