Coups sur coups

Graham HURLEY

Gallimard, 2005
coll. Folio Policier



"Plus [Faraday] pratiquait son métier... moins il comprenait la manière de fonctionner des gens." (p. 389)

"Vanessa Parry ne fêterait jamais son trente-quatrième anniversaire..." Vanessa Parry était l'assistante administrative de l'inspecteur Joe Faraday. Elle a trouvé la mort dans un accident de voiture provoqué par le jeune Matthew Prentice, déjà condamné à quatre reprises pour excès de vitesse. Totalement abattu par la disparition de sa collaboratrice, Faraday s'est promis de coincer le chauffard récidiviste qui feint l'amnésie. Aussi va-t-il négliger quelque peu de suivre avec toute l'attention voulue les enquêtes menées par ses subordonnés. Tout d'abord, l'arrestation d'un respectable universitaire, accusé d'être un pervers exhibitionniste. Ensuite, la disparition ? et peut-être l'assassinat ? d'un célèbre obstétricien, davantage boucher que chirurgien...
Portsmouth, ancien port de guerre au passé prestigieux, est décidément une cité de moins en moins tranquille...

"Hurley a l'art des atmosphères, une sensibilité a vous broyer le coeur." (Michel Abescot/Télérama)
"[...] je suis qu'un salopard pathétique. Un putain de bon à rien." (Paul Winter, p. 262)

Je reprends et termine enfin cette chronique interrompue il y a quelques semaines pour des raisons (presque) indépendantes de ma volonté... Entretemps, j'ai lu et beaucoup apprécié la chronique de notre ami Louis Hervé...
Pas mieux ! Louis a dit l'essentiel ! Je partage entièrement son opinion : "Un très bon polar, servi par une réelle qualité d'écriture et une construction impeccable..." Je vais donc essayer de compléter sa chronique (qui se suffit pourtant à elle même !) En toute liberté...

Tout d'abord, je dois dire que si Graham Hurley n'avait pas été "l'invité étranger" de Noir sur la ville 2010 à Lamballe, j'aurais probablement repoussé la lecture de sa série "Faraday" dont on m'avait pourtant dit grand bien à maintes reprises. Là, révélation !... Un auteur British du niveau des John Harvey et Ian Rankin. En ce moment, je termine la lecture du sixième "Faraday", Sur la mauvaise pente. Le plaisir demeure entier...

Intrigue impeccable, n'est-ce pas, Louis ? Ne devrait-on pas plutôt dire "intrigues impeccables" ? En effet, Graham Hurley s'y entend pour mener de front plusieurs intrigues et tisser comme personne les rapports subtils entre les hommes. Avec Portsmouth pour toile de fond, mais, de l'autre côté de la Manche, on dit plutôt Pompey ! Ancien arsenal de la Marine royale, ancien port de guerre, à présent sur le déclin. Cité peu à peu gagnée par la fièvre immobilière et par la violence. Pompey et ses flics qui font de leur mieux pour combattre la délinquance et le banditisme croissants... Je ne citerai que deux d'entre eux. D'abord Joe Faraday, le héros fétiche de l'auteur. Marié jeune, veuf quelques mois plus tard. Un fils, Joe Junior, né sourd. Ornithologue amateur, flic intègre et tenace aux intuitions judicieuses mais héros sensible et fragile...

Ensuite, Paul Winter (qui, dans ce deuxième opus, est confronté à une terrible épreuve...), le flic ripoux mais tellement intéressant et tellement attachant. (Lisez donc les romans suivants. Vous ne serez pas déçus !) Paul Winter, la quarantaine, un flic de la vieille école, un vestige, un dinosaure qui connaît toutes les ficelles du métier, aussi retors que les malfrats qu'il est fier de pièger. Un flic qui a tendance à appliquer sa propre loi. Un homme à la fois tordu et brillant. "Tordu, c'est sûr, mais le genre de mec qui trouve de l'or...")

Graham Hurley, auteur de la série "Faraday", qui a connu "un accueil enthousiaste de la critique, du public... et de la police" est sans nul doute un des maîtres du polar procédural contemporain. Il ne vous décevra pas !

P.S. :
1 ? Graham Hurley, rencontré à Lamballe, est un homme tout à fait charmant. Il y a du Faraday en lui... Mais y a-t-il du Winter ?
2 ? Lu récemment dans un magazine télé (Télé TNT) : Bruno Solo... "je tourne deux drames très noirs, très sombres, pour France 2 : Les Anges brisés et Lignes blanches d'Edwin Baily, avec Jean-Marc Barr, d'après Graham Hurley..."

Roque Le Gall

partager sur facebook :