Bavure dans le béton

Charles MADEZO

Palémon, 2010
176 pages. 8 euros



"Quand le bâtiment va, tout va !"
"Chacun sait bien, et personne ne semble s'en offusquer sérieusement, que le milieu du bâtiment est du genre perverti."
(page 7)

"Allo. Bonjour Patrice. Ici Madame Henri Perle. J'aimerais que vous rappeliez..." Patrice Ozedam est surpris par ce message laissé sur son répondeur. En effet, il n'a rencontré qu'une seule fois cette Madame Perle, Diane Perle. Par contre, il a très bien connu son fils, Henri Perle, qui a été l'un de ses trois chefs quand il travaillait à l'entreprise de Travaux Publics GTE, qu'il a dû quitter il y a deux ans pour "incompatibilité d'humeur" avec son second supérieur, Laurent Loisel, sa bête noire, "un forban"...
Il vit à présent à Lorient, avec sa compagne Judith. Il y a monté une petite agence d'expert auprès des assurances et s'efforce d'évacuer cette période de sa vie professionnelle.
Henri Perle avec qui Patrice entretenait de très bonnes relations a été enterré depuis déjà plus d'un an. Une sortie en mer, du côté de Roscoff, qui avait mal tourné. On n'avait retrouvé le corps que trois semaines après l'évènement. Les investigations des gendarmes maritimes avaient conclu à un accident.
Diane Perle demande à Patrice Ozedam de relancer une enquête, approfondie cette fois, sur la mort de son fils. Elle ne croit pas à la thèse de l'accident. Pour elle, il s'agit d'un meurtre, une "élimination physique due à des divergences dans le management de l'entreprise," par exemple...
D'abord réticent, Patrice Ozedam va finir par accepter cette véritable mission de détective. Il y trouvera un aiguillon pour sa curiosité, "voire le plaisir d'une revanche sur ce pourri de Loisel..."

Le BTP... "Avec la vente des armes, le meilleur secteur du monde des affaires." (page 6)
"Qu'il quitte la Cour, celui qui veut rester juste." (LUCAIN/poète latin/page 29)

Charles Madézo connaît bien le monde des Travaux Publics. Il y a longtemps travaillé comme ingénieur. A priori, on devrait donc pouvoir lui faire confiance quant au déroulement de son intrigue qu'il situe dans ce milieu, il y a une vingtaine d'années...
On devrait !...
Mais tout de même !...
Il y est question de magouilles, d'escroqueries, de commissions occultes, de carambouille, de détournements comptables, de passe-droits, de corruption, de manipulations, de conflits d'intérêts, de marchés truqués, de manigances illégales, de vénalité généralisée, de subordination et de prévarication... et j'en oublie...
Tout de même, il exagère !
Non ? Ah, bon !
Mais aujourd'hui, les choses ont forcément changé... Le milieu s'est assaini...
Non ? Ah, bon ! Tant pis !
Page 2 de l'ouvrage, il est précisé :
CE LIVRE EST UN ROMAN.
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
On comprend mieux pourquoi, à présent. Il prend ses précautions, Charles Madézo !
J'ai beaucoup apprécié l'intrigue, bien menée, de cette plongée dans le monde glauque du BTP, intrigue qui entraîne le lecteur de Lorient à Paris, Versailles, Locquirec, Morlaix, Roscoff et l'Ile de Batz. Et même de New-York à Pyongyang, en Corée du Nord...
J'ai également apprécié les personnages bien campés, qu'on ne peut tous citer : Patrice Madézo, pardon Ozedam !, le détective malgré lui, le Maigret amateur qui ne manque ni de flair ni de psychologie... Gilles Dallon, le géomètre original... Laurent Loisel, play-boy et voyou, "alliant les suffisances d'un Rastignac, d'un mafioso et d'un Don Juan..."
Côté féminin, deux caractères émergent : Cécile Pedrono, "une femme exotique" et surtout Diane Perle, "une maman possessive. Voire castratrice ?"
Quant à l'écriture de Charles Madézo elle a déjà été qualifiée d'écriture "précise et exigeante." En effet, Charles Madézo est loin d'être un débutant. Ecrivain reconnu, il a publié une douzaine de livres et récits, avec la mer en toile de fond... " Le plus littéraire de nos auteurs bretons s'engage dans une voie nouvelle pour lui, celle du roman policier." (Jean Failler)
Bonne route à lui et bienvenue chez les "Mauvaisgenreux !"

Roque Le Gall

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