Piège nuptial

Douglas KENNEDY

Pocket, 2010
250 pages. 6,60 euros



Nick, un journaliste américain, traverse l'Australie en minibus, de Darwin au nord jusqu'à Perth. Il prend une belle autochtone, Angie, en stop. Drogué par elle, il se retrouve dans un village géré de façon autoritaire, en plein bush...

C'est mon pote, Arnaud, qui m'a prêté ce bouquin en me disant : tu vas voir, c'est super ! Ben, il avait raison Arnaud. Voilà un super polar, rapide, enlevé et prenant. J'ai beaucoup aimé l'aspect oppressant de la prison dans laquelle se retrouve Nick : perdu au milieu de l'Australie dans un village, Wollanup le bien connu, en plein dans le Coeur sans vie, le centre de l'Australie où il n'y a rien du tout. Wollanup est "l'otage d'une géographie sadique" : rien que des montagnes et du désert tout autour et le prochain bled à 16 heures de piste ! Un endroit charmant où l'on ne mange que du kangourou et où les fruits poussent en boite. Le village a toutes les caractéristiques d'une secte : une loi à laquelle il est plus que conseillé d'obéir si l'on ne veut pas se prendre le poing de Papou, beau papa, dans la figure, une communauté oppressante, aucune source d'information, pas de livres hors les 35 romans à l'eau de rose seuls autorisés, l'interdiction de prendre des photos et un abêtissement profond cultivé par la seule distraction offerte aux habitants : boire des bières en quantité industrielle. D'ailleurs on y parle plutôt de biérette ou de pisse en boite que de mousse : délicat non ? Le travail dans le glauquissime abattoir du village, qui n'abat bien sûr que des kangous, est payé en crédoche : la monnaie de Wollanup qui permet d'acheter les seules denrées à vendre dans le village : de la bière, des oeufs en poudre, du kangou ou du tabac. Et puis, coté habitant c'est plutôt "le péquenot dégénéré qui n'aime rien de plus que de troncher sa cousine dans le poulailler", Yes !

Alors, c'est sûr que trouver Angie sur le bord de la route, une auto-stoppeuse genre belle plante roots et qui n'a jamais été ailleurs que dans cette prison volontaire, c'est troublant. Mais la belle se révèle être un piège dangereux : du genre insecte qui bouffe son mâle une fois le rapport fini. D'ailleurs, elle apparaît rapidement comme "aussi tendre qu'un demi de mêlée" ! Avec Angie, Nick a signé involontairement un bail à perpet et pas question de se soustraire à cet angoissant destin.

En tant qu'ancien Babos (comme Nick : c'est un vrai qui a refusé un poste de journaliste pour traverser l'Australie), j'ai vibré aux louanges de l'auteur sur les minibus Volkswagen : l'auteur s'en souvient avec une pointe de nostalgie, du temps où ils étaient passés "à la bombe rose et partaient communier avec le karma des routes américaines". Pour ma part, c'est d'Istanbul à Katmandou que j'en ai croisé des superbes que l'on ne peut évoquer sans quelques trémolos routards dans la bouche. Mais, dans Piège nuptial, les aventures du combi sont matînés à la sauce locale : qui aurait en effet imaginé qu'en Australie, le risque, c'est de se planter sur un kangourou ! C'est d'ailleurs la première règle du conducteur de l'outback, l'arrière pays aride de l'Australie : ne jamais prendre la route la nuit. Je retrouve aussi dans ce texte le silence absolu que l'on entend dans le désert : pour qui a vraiment été dans un tel silence, c'est impressionnant !

Le bouquin ne manque pas d'humour. J'ai trouvé rigolo la technique de drague de Nick : faire son petit garçon perdu, c'est la technique perso de notre Casanova des routes.

Au final, voilà un bon bouquin que je me suis régalé à lire, original par l'environnement sectaire qu'il décrit. He Arnaud, t'en as pas d'autres comme ça ?

Marc Suquet

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