Hypothermie

Arnaldur INDRIDASON

Métailié, 2010
294 pages. 19 euros



Hypothermie : n.f. Abaissement de la température du corps au dessous de la normale (Le Petit Larousse)

Maria, la cinquantaine, mariée, sans enfant, est retrouvée pendue, dans sa maison d'été sur les bords du lac de Thingvellir, par Karen sa meilleure amie. Pour la police, les choses sont claires. Il s'agit d'un suicide. Pour Karen, l'amie d'enfance, la confidente, même si Maria était légèrement déprimée ces derniers temps - elle ne parvenait pas à accepter le décès de sa mère dont elle était très proche - ce geste est inexplicable. Elle est sûre que Maria ne se serait jamais suicidée... Elle fait part de ses doutes au commissaire Erlendur. Tout d'abord dubitatif et réticent, ce dernier va bientôt être convaincu que Karen pourrait bien avoir raison...

"Le frère aîné se remit de ses engelures, mais, après l'événement, on le décrivit comme solitaire et apathique."
Tragédie sur la lande d'Eskifjardarheidi (page 9 et page 164).

Hypothermie constitue le sixième opus traduit en français des enquêtes du commissaire Erlendur. Une enquête qu'il va mener en solo, sans ses complices habituels, Elinborj et Sigurdur Oli. Et pour cause... Il s'agit d'une enquête non officielle. Mais, comme en cet automne "les affaires sont plutôt calmes", Erlendur va finir par s'intéresser à cette "suicidée" qui croyait aux rêves et à la vie éternelle... Il va même trouver le temps de s'occuper de deux affaires anciennes non résolues et peut-être liées : la disparition de deux jeunes gens.
Intrigue peu originale ? Peu excitante ? Sans doute ! Mais les fidèles lecteurs d'Arnaldur Indridason savent que l'enquête policière n'est, chez le Simenon islandais, qu'un prétexte. Prétexte à une réflexion sur la société islandaise et ses problèmes multiples... "L'intrigue, pour moi, est secondaire, ce qui compte c'est le comment : comment des gens ordinaires, aux vies ordinaires vont réagir face à des faits extraordinaires. Mon registre c'est le réalisme social."
(Libération 21/02/2008 excellente interview de Sabrina Champenois)
Le laconique commissaire, renfermé, taciturne, "homme du passé, perdu dans une Islande moderne qui change trop vite pour lui" est à nouveau accablé par ses insolubles problèmes personnels et familiaux... Et puis, il y a surtout cette fêlure, cette fêlure qui remonte à l'enfance : la disparition de son frère cadet, un jour de tempête et dont Erlendur depuis lors ne cesse de se reprocher la mort...
Ce livre, au style lapidaire, sans fioritures, est un livre sur les fantômes et les revenants. Comme toujours, chez ce maître du polar nordique, la passé se mêle au présent. Ce roman sur la mort et les mystères de l'au-delà, le deuil et la culpabilité, est également un hymne à la nature islandaise, belle, grandiose mais souvent meurtrière... Les dernières pages de ce très beau polar, magnifiques et émouvantes devraient convaincre tous les lecteurs, même les plus insensibles.
Du grand Arnaldur Indridason ! Une fois de plus !

Roque Le Gall

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