Le Onzième commandement

ANTHOLOGIE

Terre de Brume, 2003



1 - "Tu ne te reproduiras pas" (Mouloud Akkouche) : Dès qu'il reçoit la lettre qu'elle lui a adressée, Fabien rejoint Dominique, sa soeoeur jumelle. Elle qui rêvait d'une carrière de chanteuse est aujourd'hui SDF, reproduisant ainsi le même schéma de vie que leur mère. Enfants, le frère et la soeoeur s'étaient juré de se donner la mort plutôt que de devenir comme leurs parents. Aujourd'hui, Dominique demande à son frère de l'aider à respecter ce serment...
2 - "Tu ne doubleras pas" (Didier Daeninckx) : Afrique coloniale, les rescapés des tranchées du Nord et de l'Est de la France rentrent au pays au terme de la première guerre mondiale pour se faire exploiter, gruger et humilier par les Blancs qui continuent d'assujettir odieusement et sans état d'âme aucun les populations villageoises considérées comme du bétail humain...
3 - "Tu ne liras pas d'histoire aux vieilles personnes qui ont envie de dormir" (Celine-Albin Faivre) : Lectrice auprès de personnes âgées, elle pousse la conscience professionnelle jusqu'à adapter chacun des textes à la personne à laquelle elle destine ses lectures et les épuise de mots...
4 - "Tu ne liras point par-dessus l'épaule de ton voisin" (Perrine Le Querrec) : De bibliothèques en archives, Mauna traque un "inventaire après décès", "afin de restituer à un maître-porcelainier du XVIIIe siècle sa paternité dans l'élaboration d'une nouvelle cuisson". Mais elle n'est pas la seule à mener cette recherche : depuis des mois, un homme est là qui épie ses faits et gestes et aimerait qu'elle échoue dans ses recherches...
5 - "Soudain, tu aimeras les vieux" (Christophe Mager) : Christophe Dupuis, soixante-cinq ans, retraité, veuf depuis deux ans, fréquente assidûment un cinéma porno parisien. Il ne rencontre que des vieux...
6 - "Tu ne te feras pas prendre" (Hugues Pagan) : Pendant la canicule, un dromadaire meurt de soif dans le XIIe arrondissement de Paris et, ce faisant assure l'ouverture du journal télévisé de 20 heures. Mais son cadavre disparaît mystérieusement du véhicule de police dans lequel on l'avait chargé. Au poste, le commandant, aussi usé que désabusé, enregistre la plainte des deux flics de terrain, pas des lumières qui convoyaient la carcasse avant que deux autres, des teigneux, abrutis basiques, lui amènent un étranger en situation irrégulière, un type au faciès "sémitique, mais pas trop", sans papiers, qu'il met en demeure de prouver son identité...
7 - "Tu ne vivras pas trop vieux" (Chantal Pelletier) : Lors du tournage d'un film, Joe, producteur, en a plus qu'assez des caprices de Bishop, star vieillissante du septième art français...
8 - "Tu ne te fieras pas aux apparences" (Gaëlle Pingault) : Un vendeur de produits chimiques pour l'agriculture ne comprend pas pourquoi il a été kidnappé. C'est un riche homme d'affaires qui a monté le coup...
9 - "Tu ne dépasseras pas ta fréquence cardiaque maximale" (Sylvain Rossignol) : Premier marathon organisé à Sarajevo depuis la fin de la guerre, parcours inscrit dans une capitale ravagée. L'un des coureurs engagés y servait le courrier durant le conflit et, rythmés par ses foulées, remontent en lui des souvenirs. Au carrefour d'Alipasina - le kilomètre 40 de la course -, il y avait un sniper embusqué...
10 - "Tu aimeras la vie" (Jo-Hanna Witek) : Toute sa vie, Georges Lelong, petit comptable dans un garage, l'a vécue médiocrement, tenaillé qu'il est par une angoisse omniprésente. Tout lui fait peur. Aujourd'hui, il a cinquante et un ans, ne ressent rien, hait l'imprévu et déteste tout ce qui pourrait mettre un peu de piment dans la banalité de son traintrain quotidien. Et voilà que dans le bus presque vide qui, le soir de son anniversaire, le ramène chez lui, une inconnue vient s'asseoir juste à côté de lui...

La médiathèque de l'Ic (22590 Pordic) et l'association Fureur du Noir (22400 Lamballe) organisent conjointement, tous les ans, un concours de nouvelles noires et policières, dans le cadre de La Noiraude et du festival Noir sur la Ville. L'originalité de ce concours est de publier les cinq premiers lauréats, "amateurs" (puisque n'ayant jamais publié de roman), en compagnie de cinq auteurs reconnus de la littérature noire et policière, les dix fournissant une nouvelle sur un thème imposé. Cette année, il s'agissait pour tous d'écrire une histoire en s'inspirant, à la manière biblique, d'un commandement de leur invention. Après deux premiers recueils parus aux éditions Baleine, "Le Onzième commandement" a donc été publié par les éditions Terres de Brume au moment du septième festival Noir sur la Ville. Force est de reconnaître que l'ensemble proposé ici est d'excellente qualité, tant en ce qui concerne les nouvelles écrites par les lauréats du concours que pour celles proposées par les auteurs confirmés. La production des auteurs débutants n'a pas à rougir de la comparaison avec celle produite par leurs "aînés". Toutes les productions issues de leur imagination sont d'une grande diversité. On a vraiment beaucoup de plaisir à plonger et replonger dans ce recueil car toutes sont intéressantes, soignées, travaillées, bien construites, agréablement écrites dans des styles très variés, maîtrisées de bout en bout. De l'émotion, de la tension dramatique, de la rage, du désespoir, de l'amour, de la poésie, de l'ironie acerbe, de l'humour, parfois même une touche de fantastique, des chutes intelligemment amenées et souvent très surprenantes, rien ne manque ! Il y en a donc pour tous les goûts... avec en prime, pour les curieux invétérés que nous sommes, l'opportunité de découvrir auprès d'auteurs qui ont, pour certains depuis longtemps déjà, donné la pleine mesure de leur talent, ceux qui deviendront peut-être dans les années à venir les futurs maîtres du genre.

On se régale. Un bonheur de lecture !

MGRB

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