Le Chanteur sans nom

Olivier BALEZ, Arnaud LE GOUEFFLEC

Glénat, 2011



La vie du chanteur sans nom dont la courte carrière (1936-1945) lui a permis de côtoyer Aznavour, Piaf et les chanteurs des cabarets parisiens de l'époque. Du temps où le micro du chanteur sur scène était un porte voix !

Le chanteur sans nom, c'est qui ? C'est vrai que malgré mes 55 années, je ne connaissais pas Roland Avellis, le chanteur sans nom. Normal, sa carrière a été discrète et stoppée par la guerre. Mais, malgré son anonymat, renforcé par le loup qu'il portait sur scène, il a été le "Fantomas de l'amour". Un gars pas toujours facile et qui n'hésitait pas à embobiner ses potes pour leur tirer un p'tit billet, voire carrément à leur faire les poches ! Un gars qu'a chanté durant la guerre, mais pas toujours pour les résistants. Et pourtant, un gars qui sait conquérir et conserver le coeur de ses amis.

La BD d'Arnaud Le Gouefflec et d'Olivier Balez vient donc ressortir de l'anonymat cette figure artistique. L'enquête sur la vie du chanteur est menée par un jeune employé d'une maison de retraite qui, à l'occasion du rangement d'une pièce dans laquelle les affaires de certains pensionnaires morts sont stockées, retrouve le loup de Roland Avellis. Le fantôme du chanteur viendra appuyer l'enquête du jeune homme.

L'idée est intéressante de retracer la vie d'un homme si peu connu aujourd'hui et qui malgré tout enflammait les coeurs parisiens durant trois années à 19h55 sur Radio-cité. On se laisse embarquer dans cette description des cabarets parisiens à la fin des des années folles avec toute sa faune, comme la fameuse Suzy Solidor, le symbole au physique androgyne de l'émancipation féminine. Un chanteur attachant, qui malgré son diabète, boit et mange sans se soucier de sa santé... mais en n'oubliant pas de se faire imprimer une carte de visite portant la mention "Diabétique et arthritique lyrique"! Un vrai personnage qui ne pouvait qu'attirer Arnaud Le Gouefflec. En introduction, le scénariste raconte sa découverte du chanteur dans une discothèque puis les posts sur Internet d'admiratrices de l'époque, Claudine mais aussi X.

Le dessin d'Olivier Balez est plutôt agréable, manifestant une touche rétro qui transporte le lecteur à l'époque du chanteur sans nom. L'amour du jazz, du polar et de la poésie du dessinateur se retrouvent dans l'album. Sur le blog d'Olivier Balez, on trouve des mots sur la condamnation de Mikhall Khodorkovky ou des réflexions sur Edgar Morin. On y verra aussi les différents projets de couverture pour l'album.

Un album qu'on lit donc avec plaisir, ressuscitant un illustre inconnu.
On trouvera quelques chansons du chanteur sans nom ici.


Marc Suquet

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