Chroniques sauvages : Teshkan

François LAPIERRE

Glénat, 2011



Quand les animaux vivaient en harmonie avec le ciel, tout se passait pour le mieux. Ensuite, le cerf tua l'ours et fuit le loup. Depuis ce temps, le cerf est un animal considéré comme maudit et il en est de même pour le clan du cerf de la tribu des Anisnabegs (Algonquins). Leur chef nommé Tsheineh prend la décision de convertir son clan. Il demande à son fils, Teshkan, de rapporter une "robe noire", autrement dit un jésuite. Au cours de son périple, Teshkan fera des rencontres qui marqueront sa destinée.

François Lapierre aborde de nouveau les légendes amérindiennes, sa précédente publication en tant qu'auteur complet (dessin-scénario-couleur) étant Sagah-Nah, l'indien qui parlait aux fantômes. Avec Chroniques sauvages, il reste dans le fantastique québécois, mais sur un autre registre d'émotions. Ce récit s'adresse essentiellement aux 9-12 ans, mais les adultes auront plaisir à découvrir l'odyssée du jeune indien Teshkan : comment ne pas être séduit par une telle richesse dans le récit, les personnages, l'utilisation de la couleur, et un trait qui sert admirablement le récit ? Les Chroniques sauvages est la belle première surprise de l'année.

Le scénario n'a rien à envier aux grandes épopées. Teshkan est un paria, comme on l'apprendra très rapidement. Un paria qui défend la cause de parias, rencontre forcément des parias. Des personnages marquants comme sa petite soeur, Mihina, désirant protéger son frère, son grand-père qu'il voit en rêve ou les colons, avides de biens, puis de vengeance. C'est avec Lornand, chasseur français solitaire, que Teshkan rencontrera la paix. Avec son aide, il saura quelle voie adopter : accomplir sa quête ou aller vers autre chose ? C'est bien un conte sur la moralité de l'homme que François Lapierre nous invite à lire ! L'homme n'est ni très bon, ni très mauvais. Il est libre, il doit être en paix avec ses actes et c'est le cas, ici, des personnages, même si leurs actions se révèlent parfois contradictoires.

Le récit se passe en Nouvelle-France. Mais à la place de la végétation luxuriante, un manteau blanc a revêtu le pays. Un choix scénaristique sympathique : tout est blanc, silencieux, "monotone" comme le souligne le narrateur. Le rythme du récit sera "tranquille", malgré les combats, les aventures, rien ne semblera accélérer l'inéluctable destin du jeune héros.

Le dessin souligne très bien l'ambiance entre polar et fantastique. Les personnages sont marqués par leur histoire : Teshkan avec ses marques, son oreille arrachée, Lornand, un vieux chasseur solitaire musclé, et Mihina, dont le trait rond rappelle l'enfance. Nous sommes loin du beau héros qui trouve un brave homme comme frère. C'est tant mieux, et ça fonctionne. Avez-vous vu cette palette de couleur ? Nuancée, profonde, qui alimente le récit ! François Lapierre sait utiliser avec brio les couleurs. Couleurs uniquement informatiques, mais où le talent artistique prédomine.

Chroniques sauvages est un récit superbe, mêlant poésie, philosophie, western et aventure humaine. Un livre pour frissonner de plaisir !

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