Le Chanteur sans nom

Olivier BALEZ, Arnaud LE GOUEFFLEC

Glénat, 2011



Quand on referme les pages du livre, la question se pose : existait-il, ce chanteur sans nom ? N'est-ce pas une blague d'Arnaud Le Gouëfflec, mise sur pages par Olivier Balez ? Après quelques recherches, la vérité tombe : le chanteur sans nom a existé. Arnaud Le Gouëfflec sort son cadavre du placard pour nous en chanter la biographie.

Quand on connaît les travaux d'Arnaud Le Gouëfflec, il semble normal qu'il ait trouvé et travaillé sur le chanteur sans nom. Ecrivain, chanteur, musicien, compositeur,ce touche-à-tout marie souvent plusieurs univers dont il a le secret. S'il s'exerce à des styles aussi différents que le policier, le road-movie, ou le fantastique, il n'oublie jamais de nous émerveiller. Loin de la biographie qui voudrait redorer le blason d'une célébrité, les auteurs prennent le parti de raconter toute la vie de ce chanteur. Roland Avellis, puisque c'est son nom, avait beaucoup de défauts, mais ses amis lui pardonnaient. Il a enregistré près de quatre cents 78 tours. Il a connu beaucoup de succès pendant l'entre-deux-guerres.

Le scénario raconte sur deux tableaux la vie de Roland. D'un côté, les recherches du jeune homme, où l'on s'aperçoit que le chanteur sans nom est passé à l'anonymat ; de l'autre côté, le fantôme raconte en flash-back sa vie d'antan, sans nous épargner ses bêtises. Alors que le sujet n'était a priori pas attrayant, Arnaud Le Gouëfflec réussit à titiller notre curiosité, puis à nous faire nous attacher à cet homme. On découvre l'univers des cabarets, la dure vie des tournées, que ce soit en temps de paix ou de guerre. Mais surtout on découvre un être humain, un homme qui a "la malédiction du masque". Malgré sa célébrité, il reste anonyme. Quand on lui propose de remonter sur scène, il fuit vers le bistrot. Un paradoxe que ce Roland, mais comme le dit Aznavour dans sa préface : "Vous savez, il nous a tellement donné en échange de ce qu'il nous a pris".

Les deux auteurs avaient déjà travaillé ensemble. Leurs univers respectifs s'étaient mariés sur un fond musical de jazz. Ici, Olivier Balez reconstitue un Paris qui se prête à la nostalgie. Que ce soit le quartier de Montmartre, la reprise de l'affiche de Fantomas, les cabarets de cette époque, on découvre un Paris qu'on aurait aimé connaître. Le trait, tout en souplesse, prête à la dérision. Si le texte ressort des périodes dures, le dessin permettra d'adoucir la noirceur du personnage. Les couleurs accentuent le fait d'être dans un univers mi-fantastique, mi-oublié. Le bleu est la couleur dominante, comme si la teinte de l'album virait au blues. Mais le mélange Balez-Le Gouëfflec permet de ne jamais virer au noir.

Un album rempli de musique, où le texte d'Arnaud Le Gouëfflec harmonise les dessins d'Olivier Balez. Une jolie découverte pour ce début d'année 2011.

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