Sociales Fictions - Les androïdes rêvent-ils d'insertion sociale ?

ANTHOLOGIE, Gérard KLEIN

Bréal, 2004



A la queue, première nouvelle de ce recueil, écrite en 1954 par J.B. MORTON, aborde d'une manière humoristique le mimétisme et la soumission dans un système d'interdépendance volontaire. Une nouvelle qui donne a réfléchir en attendant son tour a la caisse du supermarché.
Portrait de l'artiste par lui même, de Harry Harrison, (1964). Une nouvelle qui aborde le jour où un artiste est remplacé par un ordinateur.
Droit électoral, de Isaac Asimov (1955) ou le jour où un ordinateur choisit un citoyen lambda pour devenir le grand électeur qui désignera le nouveau président des USA après avoir répondu au questions de l'ordinateur, aussi pertinentes que ce qu'il pense du prix des oeoeufs... Par cette nouvelle et son analyse, on aborde le thème de la citoyenneté et de la démocratie.
Auditions forcées a perpétuité, de Ann Warren Griffith (1953) ou le jour où le port des boules quies est interdit et passible de prison. Vous êtes ainsi obligé d'écouter toutes les publicités émises par tous les objets manufacturés. Une nouvelle assez connue, mais toujours aussi excellente, avec une bonne analyse sur la société de consommation.
Le coût de la vie, de Robert Sheckley (1952) ou pourquoi ne pas profiter de la vie en s'endettant sur plusieurs générations ? Après tout, vos enfants profitent de tout le confort de la maison et tout leur appartiendra à votre mort... Il est normal qu'ils payent leur part de votre crédit le jour où ils travailleront... Cette nouvelle est un vrai régal, qui hélas devient réalité.
Gravé sur chrome, de William Gibson (1982) ou les réseaux numériques, la culture informatique et les liens sociaux.
Le temps d'aimer est bien court, de Jean Pierre Hubert (2002).
Dans le silence du soir, de Lee Hoffman (1972) ou une réflexion sur la surpopulation.
Pauvre surhomme,de Kurt Vonnegut (1961) ou la société vraiment égalitaire.
Toujours plus vite, ou Monsieur fait le marché, de Cami (1930) ou le libre-échange et la mondialisation.
Les monstres, de Robert Sheckley (1953) et si c'était nous !
Comment vont les affaires ?, de Jaques Sternberg (1957) ou comment produire et vendre du savon, une réflexion sur le progrès et la productivité.

Sociales fictions est un très bon recueil de nouvelles établi par Gérard Klein (anthologiste de référence en science-fiction) pour des étudiants en sciences sociales et qui prouve que la science fiction peut aussi s'intéresser aux problèmes humains contemporains. Une anthologie originale par sa thématique et par les analyses des nouvelles, j'attends le tome 2 avec impatience.

Olivier Gouello


"Peut-on apprendre quelque chose en lisant de la science-fiction ?" [p. 4] Puisant dans ses riches réserves d'anthologiste, Gérard Klein va nous le prouver au fil de douze nouvelles, chacune suivie d'un essai des sociologues Christophe Evans et Sylvie Octobre, et de l'économiste François Rouet, sur des sujets aussi divers que la précarité du travail face aux progrès technologiques, le surendettement, le productivisme à tout crin, les files d'attente, les nouveaux moyens de communication chez les jeunes, etc.

Le principal reproche que l'on fait souvent aux recueils de nouvelles, c'est leur manque d'unité. Voici donc une anthologie qui échappe brillamment à cet écueil, d'abord parce que les nouvelles ont toutes en commun d'avoir un aspect sociologique, ensuite, et surtout, parce qu'elles ne servent que de point de départ à un travail de fond, très érudit mais passionnant. L'on sera en droit de s'intéresser davantage à certains sujets qu'à d'autres mais l'ensemble est d'une fort bonne tenue. Les nouvelles (parfois très connues) sont pour la plupart très réussies et, outre les thèmes abordés, ont l'avantage de donner une bonne vision d'ensemble de la science-fiction. Tous les styles ne sont bien sûr pas présentés mais ce recueil représente une bonne entrée en matière pour le sociologue désireux de s'intéresser à ce pan de la littérature. L'amateur de SF aura, lui, le plaisir de prolonger sa lecture par les analyses proposées, en attendant avec impatience que cette excellente idée soit déclinée, pourquoi pas, sur d'autres thèmes comme l'histoire, la linguistique ou, pour prendre le contre-pied de ce que dit Gérard Klein dans son introduction, les sciences physiques. En effet, chacun a dans sa bibliothèque un vieil Arthur C Clarke dans lequel il lui suffira de se replonger pour se convaincre que oui, la science-fiction peut nous apprendre quelque chose dans le domaine des sciences dites exactes, et pas seulement dans celui des sciences humaines. A noter enfin une iconographie fort pertinente, fruit d'un impressionnant travail de recherche.

Mikael Cabon

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