Point Zéro

Antoine TRACQUI

Critic, 2013



Un milliardaire excentrique (et secret) met sa fortune personnelle en jeu pour rechercher un objet en Antarctique. Un vieux soldat de l'ex-URSS engage toutes les compétences de son pays pour le rattraper. Au milieu de cette incroyable course-poursuite : Caleb McKay, ex-SAS reconverti dans les missions de sauvetage à risque maximum. Il va découvrir que l'histoire n'est pas celle qui est écrite dans les livres.

Antoine Tracqui, retenez ce nom. En dix-neuf mois, il a écrit un livre de quelque 900 pages. On y retrouve de l'aventure historique, de la science-fiction, du thriller. Plusieurs récits s'entrecroisent et chacun aurait pu composer un livre indépendant, mais Antoine Tracqui ne fait pas les choses à moitié, il mélange tout pour notre plus grand bonheur.

Quand on mélange les genres, le plus dangereux est d'obtenir un récit qui penche plus pour un genre ou pour un autre. Est-ce la chance du débutant ? L'auteur réussit à doser le tout sans que l'on sache à quel genre il appartient. On pourrait écrire beaucoup de choses positives sur les personnages, la technologie, l'ambiance, mais un point l'emporte : l'action temporelle ! Le récit se déroule sur une période d'un mois et tout est noté en temps universel coordonné (UTC). Une logique imparable qui fait s'entrechoquer les évènements. Cette temporalité permet au lecteur de suivre facilement toutes les actions. D'autre part, les scènes d'action, écrites généralement avec un dictionnaire de superlatifs, trouvent ici un nouveau souffle. En effet, dans une maniaquerie maladive, l'auteur décrit chaque scène d'action. Imaginez chaque tir, explosion, bagarre, vue par l'effet ralenti de Matrix... Sans oublier les explications. Nous sommes dans un roman "techno-thriller", selon les termes de l'auteur. Toutes la technologie la plus évoluée est expliquée. On se sent plus intelligent après avoir refermé ce pavé.

Les éditions Critic sont nées en 2010. De nouvelles en romans, de feuillets en pavés, l'histoire est en marche. Véritable éditeur hors-normes, sous des étiquettes telles que science-fiction, thriller, fantasy, il rassemble les lecteurs. Authentique prescripteur, mais aussi découvreur de talents. Critic donne sa chance à de nouveaux auteurs, mais aussi à ceux qui changent de genre. Le résultat est là, le catalogue est un trésor hétéroclite !

Si je devais comparer, Antoine Tracqui est proche d'un Tom Clancy ou d'un Clive Cussler, mais ce serait une erreur que de s'y laisser aller : l'auteur français a son propre style. Quelle entrée dans le monde de l'édition !

Temps de livres


Attention danger ! Eh oui, en cette période de début d'année, pavée de bonnes intentions  mais extrêmement chargée , ouvrez Point Zéro uniquement si vous avez envoyé vos cartes de voeux et réglé à l'avance vos affaires courantes ! Et pourquoi donc cela,  me direz vous ? Eh bien parce que vous ne pourrez rien faire d'autre !

En effet ce thriller historico-technologique de 900 pages (eh oui, je vous avais prévenus !) est extrêmement prenant. La partie principale du roman se déroule comme le dit mon petit camarade "sur une période d'un mois où tout est noté en temps universel coordonné (UTC)" mais elle plonge ses ramifications sur plusieurs continents et sur "huit décennies".

Durant toute l'intrigue (non je ne vous en dirai rien), on oscille entre l'empathie et la détestation pour les personnages principaux, et les méchants ne sont probablement pas ceux que l'on croit !

Antoine Tracqui est médecin légiste et expert auprès des tribunaux à Strasbourg et cela se sent. Toutes les actions, les armes, les données scientifiques et/ou géopolitiques etc. sont décrites avec minutie, "une couche après l'autre" comme le faisait justement remarquer un autre de mes camarades mauvais-genriens.

Comme l'ont précisé certains autres chroniqueurs, Point Zéro ferait probablement un excellent film car l'écriture y est très visuelle. Je vous assure que j'ai eu les pieds gelés et les côtes douloureuses et que mon ulcère à l'estomac en a pris un coup... Alors ne vous laissez pas rebuter par le nombre de pages, plongez avec délice dans la physique quantique, devenez spécialiste en armes lourdes et en gravitation tout en pilotant un énooooorme avion (dont je ne me souviens plus le nom) enfin bref, ne passez pas à côté de cette aventure, ce serait dommage !

Et petit bonus : entretien avec  l'auteur sur son casting si le livre était adapté à l'écran... En plus, ce monsieur à l'air très, très sympa ! 

Annecat


Une autre chronique sur notre joli coup de coeur de ce début d'année. On ne reviendra pas sur l'intrigue, elle tient en trois lignes ou bien en vingt ! Un excellent thriller se résume ou très facilement ou très difficilement. Le pitch est simple, les péripéties et les personnages ne le sont pas. Qu'ajouter sans devenir redondante ? Pas grand-chose, je ne voudrais gâcher le plaisir de personne ! C'est assez difficile de rajouter des détails croustillants sans dévoiler les coups de théâtre de l'intrigue, et il y en a un paquet.

Commençons par le début : il y a un plaisir extrême à courir sur presque toutes les mers du globe, à dévaler les derniers ilôts de sauvagerie de cette planète à la poursuite d'une chimère technologique dont l'auteur n'évacue jamais les potentialités destructrices. On n'entre pas très profondément dans le débat du pour/contre des grandes inventions scientifiques (vous savez, la dissertation à laquelle on n'échappe pas en tant qu'élève dans les filières scientifiques au lycée : "science sans conscience n'est que ruine de l'âme"). Néanmoins c'est une donnée non négligeable de l'intrigue et le machiavélique auteur du roman se débrouille pour que ça enrichisse le propos et en soit même un moteur sans alourdir l'action. Le bougre se fait plaisir au passage et nous expose avec une délectation communicative son dada personnel : un improbable amour des niches techno-scientifiques multi-centriques (balistique, avionique, mathématique, etc. tique-tique). Comme nous l'a dit si justement le chroniqueur mauvais-genriens qui nous a jeté le pavé à la face il y a quelques mois : "Faut le lire. Si si. C'est vachement bien, et en plus le mec est azimuté, comme il est médecin légiste il écrit comme il dissèque : en explorant chaque couche avant de passer à la suivante !". On pourrait croire que ça nuit au rythme, au suspense, à l'intérêt. Que nenni ! En fait c'est captivant, et c'est d'ailleurs un remarquable tour de force. Comment diable le bougre arrive-t-il à intégrer si bien autant de détails pointus sur autant de sujets obscurs et à nous les faire ingurgiter sans qu'on se retrouve à étouffer au bout de chaque chapitre ? Petit mystère, je ne pense pas arriver à donner la mesure du talent de l'animal autrement qu'en filant ma métaphore favorite, à savoir culinaire : tout est une question de dosage et de moment. Le livre est écrit en quatre parties, chacune recouvrant une phase "géographique" de l'opération et décrivant l'avancée des deux équipes adverses. On referme l'ouvrage en se disant qu'il a beau ne pas avoir éclairé toutes les zones d'ombre du scénario, cela ne nuit pas au récit et on s'est parfaitement régalé. Laissant le champ libre à l'imagination ou bien à une suite possible ? La postface très concise ne laisse pas vraiment espérer un retour de toute l'équipe au service d'une autre aventure haletante, mais l'auteur y fait montre d'une certaine malice en comparant l'histoire à un puzzle inachevé dont en retrouvant quelques pièces manquantes on fait apparaître le motif général. Je ne "spoilerai" rien je pense en disant que pour ma part j'aimerais en savoir plus sur Michael... Rendez-vous chez votre fournisseur préféré pour commander l'ouvrage, l'éditeur est pour l'instant encore assez confidentiel et donc pas forcément très bien distribué, mais gageons que ce goût sûr en matière de nouveau talent (car oui, c'est un premier roman) lui ménagera bientôt une reconnaissance à la hauteur de son audace publicative.

Marion Godefroid-Richert

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