Le Bûcher d'un roi

George R. R. MARTIN

J'ai Lu, 2013
Le Trône de fer, T. 13, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patrick Marcel



Où on retrouve une partie des personnages que l'auteur avait dû délaisser, eu égard au foisonnement des tableaux qui composent sa grande fresque héroïco-médiévale. Tyrion Lannister ne dessoûle pas pendant une partie du livre, rongé par son geste parricide, la rancoeur accumulée pendant une vie de brimades le pousse à accoster des terres lointaines à la rencontre de Daenerys Targaryen. La jeune reine règne sur Meereen, mais pour combien de temps encore ? Autour de la cité aride et même à l'intérieur de ses murs, les ennemis s'assemblent toujours plus nombreux pour mettre à bas la mère des dragons. Quant à ces derniers, devenus grands à présent ils terrorisent tout leur entourage, aucune bride ne semblant convenir à leur férocité. Au nord, Bran Stark et ses acolytes touchent à leur but au delà du Mur et vont enfin rencontrer la corneille à trois yeux. Jon Snow tente d'organiser la défense de la garde de nuit tout en contenant l'appétit de Stannis Baratheon pour des terres qui ne lui appartiennent pas. Et enfin, perdue au milieu de cette immensité en ruine que sont devenues les sept couronnes après la guerre des cinq rois, Brienne De Torth court toujours derrière la promesse faite à lady Catelyn de retrouver Sansa, Arya étant portée disparue depuis trop longtemps, morte au monde comme aux rares personnes de sa famille qui subsistent encore ...

Si vous êtes restés dix ans en mission en Terre Adélie afin de carotter la calotte glaciaire du pôle Sud, alors il est excusable que vous n'ayez jamais entendu parler du Trône de fer. Pour les autres, mais où étiez-vous donc passés ? Depuis l'année dernière, la planète entière semble s'être accordée au rythme du souffle épique qui anime l'écriture de cette incroyable série. La chaîne américaine HBO en réalise une adaptation très fidèle qui soulève l'enthousiasme des foules non adeptes de la lecture, et également celui des fans de la première heure et des suivantes. L'ensemble des livres comptera normalement vingt-cinq tomes à la fin du cycle. Vous m'excuserez de ne pas pour l'instant vous livrer de chronique sur les douze tomes qui ont précédé la publication de ce Bûcher d'un roi. La vérité je vous l'avoue humblement, c'est que je n'avais pas mis mon nez dans Le Trône de fer avant début 2013. Il a fallu que je me freine pour ne pas enquiller tous les livres d'un coup ! Je me suis astreinte à intercaler d'autres ouvrages entre chaque salve que je m'autorisais, c'était un coup à devenir maniaque...

Il est difficile (mais pas impossible) d'expliquer à quoi tient l'incroyable accroche de la série. Elle est très bien écrite, c'est sûr. C'est une étude politique fine, une approche stratégique pointue de la lutte pour le pouvoir. C'est également une galerie classique (et un peu moins) de personnages typiques de fantasy, avec des héros au coeur pur animés par la vaillance et le courage et des vilains qui semblent motivés uniquement par l'appât du gain et le goût du lucre, avec une petite touche de fantastique qui poivre juste ce qu'il faut les péripéties de la conquête. Et plus on avance et plus l'auteur se paie le luxe d'approfondir ses personnages jusqu'au virage à cent-quatre-vingt degrés. L'exemple absolu de ce revirement en douceur étant Jaime Lannister. Le très beau gosse un peu benêt des premiers tomes, qui passait sa vie dans les jupes de sa jumelle quand il ne se battait pas, est devenu un homme (oui, je sais, c'est un peu culcul la praloche). Il pense, il se souvient, il entame une lente remontée vers le rachat, il prend ses distances avec sa soeur que je trouve pour ma part de plus en plus bête et méprisable. Il noue une relation intéressante avec son ex-geôlière Brienne, certainement influencé par sa constance, son esprit chevaleresque, sa droiture... Et ce n'est pas le seul des personnages auquel l'auteur réserve le droit de grandir.

En bref, dans Le Trône de fer il y a de l'action, de l'amour, de la haine, du suspense, et tout ce qui fait qu'on adore se plonger dans un livre jusqu'à oublier ses casseroles sur le feu et brûler la cuisine. Vivement la parution du quatorzième poche. D'ici là, je me pencherai peut-être sur l'opportunité de reprendre les autres tomes pour vous en livrer la substantifique moelle, ça vaut le coup. Lancez-vous, mais soyez prévenus : cette saga comprend (en sus des habituelles traces de noix et de fruits à coque) un côté délicieusement addictif pour lequel il n'existe pas de remède connu.

Marion Godefroid-Richert

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