La Longue Utopie

Stephen BAXTER, Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2016
La Longue Terre, T. 4, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Mikael Cabon



Nous voici projetés avec ce quatrième et avant-dernier tome dans la dimension galactique. Les héros de cette (longue) aventure ont tous pris des directions différentes :

- Lobsang, après avoir organisé ses funérailles, "renaît" dans la peau de George. Accompagné de sa femme Agnes et de leur fils Ben, il tente sur les conseils de Sally Lindsay de vivre une vie paisible sur Terre-Ouest 1 217 756.

- Josué Valiente, quant à lui, se penche sur ses origines avec le concours du révérend Azikiwe. Cette recherche prend sa source dans l'Angleterre victorienne et se poursuit jusqu'à nos jours.

- Les "Suivants" sont toujours sur la piste de leurs pairs afin de les amener dans le seul endroit qui pour eux est sûr.

Tout cela pourrait durer indéfiniment. C'est sans compter sur la découverte par des enfants en Terre-Ouest 1 217 756 d'une espèce inconnue qui pourrait menacer au-delà de cette communauté sympathique l'avenir même de la Longue Terre.

Tous ces personnages vont alors devoir oeuvrer ensemble et même pour certains sans espoir de retour.

Encore une fois, j'ai été transportée "ailleurs" par ce récit avec une envie sincère de retrouver tous les protagonistes. Comme mon amie Marion, bien que n'ayant pas trouvé les trois premiers tomes inachevés, j'ai apprécié que les réponses aux nombreuses questions développées dans La Longue Terre, La Longue Guerre et La Longue Mars trouvent ici des réponses.

En effet les recherches d'Azikiwe vont nous en apprendre plus sur les passeurs "naturels", sur l'inquiétude latente de Josué qu'il partage avec les trolls, sur la nature des "Suivants" et le rôle qu'ils ont à jouer, et enfin sur cette Utopie d'un renouveau confrontée à la réalité et aux menaces qu'elle peut apporter.

Il me faudra attendre encore un peu, malgré mon impatience, pour connaître le dénouement de ce récit avec la sortie du cinquième et dernier tome.

Annecat


Pas besoin de revenir sur l'intrigue de ce quatrième tome, brillamment restituée par la divine Anne-Catherine. A propos de ce récit choral et rédigé à quatre mains, difficile de faire un résumé qui donne le goût de se plonger dans l'intrigue plus que le pitch de départ, qui est pour cette pentalogie suffisamment alléchant (si vous voulez savoir de quoi il est question, prière de se rendre sur les chroniques précédentes sur le site). J'en entends râler d'ici : et bla bla l'anglicisation rampante de notre magnifique langue maternelle, que vient faire dans une chronique littéraire une petite brioche industrielle parfumée au choix à la confiture ou bien au chocolat ? Eh bien, il faut savoir qu'à ce jour on (je) n'ai pas trouvé de terme adéquat en français pour désigner une idée de départ d'oeuvre de fiction qui tient en quelques mots concis. C'est vous dire qu'il est heureux que je ne me sois pas lancée dans la traduction pour gagner ma vie, ni même dans la pâtisserie. Avec mon bol habituel de toute façon, j'aurais peut-être échoué chez Whiskas à élaborer des recettes de gâteau d'anniversaire pour animal de compagnie diabétique.

Mais bon, tout ceci ne vous renseigne pas beaucoup sur La Longue Utopie. Tout comme Anne-Catherine, enchantée d'avoir des réponses à quelques questions, heureuse des nouvelles aventures des héros, un peu frustrée des pistes qui s'achèvent en impasse ou bien s'évaporent dans le néant. Ce qui m'a plu dans ce quatrième volet est cette idée reposante d'une alternative décroissante à l'expansion vorace humaine. Les auteurs permettent le fantasme d'un avenir possible où, vivant dans une bande restreinte de réalités parallèles, des colons pourraient subvenir à leurs besoins par glanage, chasse modérée et troc relatif. Cela abolit de fait la notion d'accumulation de biens matériels, cette maraude permanente nécessitant une légèreté de bagage et un recentrage personnel sur d'autres préoccupations que capitalistes. Pourquoi pas même imaginer une humanité en quête d'équilibre plutôt que de prospérité, plus apte à la contemplation qu'à la conquête ? Dans le récit, cela concerne toute une proportion des jeunes générations nées dans la Longue Terre, qui ont connu de près la Primeterre et vu le résultat des erreurs historiques commises par l'ensemble des peuples humains. Ce quatrième tome a une teinte un peu plus philosophique que les précédents. Même les Suivants y acquièrent une aura plus apaisée que dans La longue Mars, le tome précédent. Ambitieux, et un peu nostalgique. Il faut certainement y voir le reflet de la peine du survivant, puisque Terry Pratchett nous a quittés entretemps.

Enfin, moi aussi je reste à l'affût du dernier tome et de la conclusion de cette inhabituelle aventure humaine et littéraire. Vivement la longue... fin ?

Marion Godefroid-Richert


  

La Longue Mars

Stephen BAXTER, Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2015
La Longue Terre, T. 3, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Mikael Cabon



Troisième tome de la longue terre, ce roman continue à développer la thématique entamée dans le premier opus et sa riche arborescence. Plusieurs intrigues évoluent séparément dans cet ouvrage : émergence d'une sorte de mutants qui se dénomment eux-mêmes les Suivants, retrouvailles de Sally et de son père en vue de l'exploration de Mars et de ses mondes parallèles, voyage à deux twains par le commandant Kauffman vers les confins de la Longue Terre-Ouest, et aussi dévastation de la Primeterre par une éruption du volcan Yellowstone qui rend la majorité de la planète inhabitable pour plusieurs siècles. Ces quatre grandes lignes directrices se côtoient et se croisent plus ou moins en fonction des péripéties inventées par les deux auteurs de cette ambitieuse saga. On suit en majorité le voyage de Sally et l'identification des Suivants en tant que groupe distinct. Bien sûr Josué et Lobsang participent activement à plusieurs de ces intrigues et forment une sorte de lien entre les différents fils du récit. Je ne développe pas mais c'est voulu, totalement dans un esprit "teasing" très commercial !

Comme je l'avais dit précédemment pour le deuxième tome (La Longue Guerre, chroniqué sur le site) : une histoire pleine de bonnes idées, des hypothèses intéressantes à foison, un même regard critique et cependant plein de foi sur notre pauvre espèce, nos deux compères s'en sont donné à coeur joie. Mais il me reste, comme la dernière fois, un goût d'inachevé. Les idées auraient pu, ou dû, être plus développées. Les personnages principaux n'évoluent pas et restent cantonnés à des archétypes intéressants mais un peu courts. En bref, il y a matière à écrire deux ou trois fois plus de pages à chaque fois avec le matériau brut apporté par ces deux merveilleux cerveaux. D'où une vraie frustration de lecteur/trice. Ca reste passionnant mais on a envie de pouvoir annoter la marge quand on a refermé la 408e page du récit : très bon, mais à développer, comme les profs de lettres aux temps anciens où on rédigeait des dissertations de français en troisième (oui oui je sais, pour certaines ça fait plus longtemps que pour d'autres !). Il paraît qu'on aura encore droit à plusieurs tomes avant la clôture. Largement de quoi corriger le tir, même si Stephen Baxter va devoir finir tout seul ce grand oeuvre, maintenant que sir Terry Pratchett nous a quittés. Snif ! Et en même temps chouette !

Marion Godefroid-Richert


  

La Longue Guerre

Stephen BAXTER, Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2014
La Longue Terre, T. 2, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Mikael Cabon



Depuis la découverte du Passage, la Terre, ou plutôt la Primeterre comme on l'appelle à présent, a bien changé. L'humanité s'est clivée en deux sous-groupes distincts : ceux qui sont restés, ceux qui sont partis. La diaspora humaine s'est répandue dans des millions de mondes parallèles, ce qui fait dire aujourd'hui aux scientifiques comme aux religieux que nous sommes à l'abri de l'extinction totale. Plus une météorite ne nous fait peur ! Nous ne connaîtrons pas le sort des dinosaures... Cela fait vingt ans maintenant que les pionniers/colons aménagent des communautés plus ou moins autarciques, idylliques, mystiques, etc. essaimées de plus en plus loin de notre monde d'origine. Lobsang et Josué se sont quittés fâchés, Sally Linsay continue d'arpenter la longue Terre avec passion et égale misanthropie. Nous sommes entrés en contact avec plusieurs espèces évoluées : les trolls, mais également les kobolds et les beagles (non je ne vous dirai rien, vous n'avez qu'à lire !). Nous nous sommes comportés comme d'habitude, comme des crétins finis dans une grande majorité de cas tristement illustratifs. Et un hurluberlu fascisant à la tête des Prime-USA a décidé pour couronner le tout de lancer une armée de dirigeables (des twains, comme on les appelle) à travers les mondes afin de réaffirmer l'autorité de la Primeterre sur ses migrants. Bien entendu un autre hurluberlu utopiste a riposté en publiant une déclaration d'indépendance des mondes colonisés, l'intitulant "Déclaration de Walhalla".

La Longue Guerre va-t-elle commencer ? Sommes-nous assez idiots pour réitérer cette sotte habitude de prendre les armes malgré l'évanouissement de la principale cause des guerres de ces deux derniers millénaires, à savoir la conquête de territoires et des richesses qui y sont attachées ? Renouvellerons-nous aussi cette consternante tradition qui consiste à asservir les étrangers pacifiques et différents que nous rencontrons (les trolls pour ne citer qu'eux) ? Que de défis en perspective...

Les deux auteurs continuent de filer leur métaphore du renouvellement humain avec un récit confortablement installé dans son rythme de croisière. Les personnages du premier tome n'évoluent pas beaucoup mais continuent à remplir leur rôle. Il y a de nouveaux arrivants intriguants, j'ai pour ma part apprécié l'intervention du révérend Azikiwe (je vous laisse le plaisir de le découvrir). Ce deuxième récit tient honorablement les promesses du premier, mais sans plus. On y trouve une somme de questions philosophiques assez intéressantes mais pas assez exploitées, une limite de l'écriture à quatre mains ? Par exemple, j'aime cette idée que nous pourrions arrêter de nous taper dessus stérilement si nous avions suffisamment de place pour nous sauver loin à chaque fois qu'on vient nous voir avec un fusil à la main. Mais quelque part l'idée n'est pas assez développée ni étayée. Ce que j'attends d'un récit de SF de qualité, c'est entre autres une démonstration convaincante (avec en plus un certain sens du suspense ou bien un récit un peu serré, qui tient en haleine). Or on ne m'ôtera pas de l'idée que la compétition est inscrite dans nos comportements depuis si longtemps qu'il faudrait plus qu'une génération pour s'en débarrasser, ce qui n'a pas l'air d'être l'opinion des deux compères qui pilotent l'histoire. Enfin bon, je chipote là-dessus mais loin de moi l'idée de prétendre que je ne me suis pas plu à lire la suite des aventures de Lobsang et Josué. J'ai eu une petite déception toutefois. Josué est marié, a un enfant à présent. Mais ce nouveau statut de notre asocial préféré, qui est devenu également le maire de sa communauté, reste à l'état d'ébauche et n'est pas vraiment intégré dans son personnage. De même Lobsang, qui n'est pas plus creusé dans ce tome que dans le précédent, reste un concept plus qu'une vraie personne. Moralité, j'attends avec plaisir un troisième tome mais sans impatience.

Marion Godefroid-Richert


  

La Longue Terre

Stephen BAXTER, Terry PRATCHETT

L'Atalante, 2013
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Mikael Cabon



Le saviez-vous ? Grâce à une pomme de terre, du fil de cuivre et une planchette en bois (plus quelques colifichets) vous pouvez voyager. Pas n'importe où cependant, vous arrivez sur Terre - au même endroit, certes - mais sur une autre version de notre bonne vieille planète. Il en existe une infinité, de ces terres parallèles. Des planètes de rechange innombrables qui pourraient permettre de régler d'un coup les problèmes de pollution, alimentation, pénurie en matières premières de l'humanité inconséquente. Seulement voilà, comme pour toutes les grandes avancées humaines, chaque médaille a son revers. Certaines personnes ne peuvent pas "traverser", d'autres sont des passeurs-nés, ce qui déclenche envie et colère chez les premiers. Les gouvernements de la Primeterre ont du mal à stabiliser économie et société, ou bien ce qui en reste. Et que faire des grandes inconnues qu'apportent ces nouveaux édens pour les vieilles civilisations que nous sommes ? Pour répondre à ces multiples questions, un tandem curieux se forme : Josué Valienté, un explorateur misanthrope et asocial doué pour le passage autonome, et Lobsang, un réparateur de motocyclettes tibétain réincarné en distributeur de soda (!). La "Longue Terre", comme elle est dénommée à présent, recèle bien des mystères et les deux compères entament une passionnante mais périlleuse quête en dirigeable afin de les découvrir.

Plaisant postulat de départ, plaisants auteurs, plaisants développements. L'intrigue s'installe en douceur, prend le temps de poser personnages et situations, de laisser la place à des développements intéressants et à des problématiques classiques mais joliment renouvelées de la science-fiction. N'est-ce pas le rêve de tous les écolos de la planète, une terre de rechange où nous pourrions repartir de zéro en établissant une charte de bon comportement humain ? Alors une infinité de Terres, où cela pourrait-il nous conduire ? Qu'en ferions-nous ? Laisser tomber la conquête spatiale, entamer une exploration systématique de multiples mondes où l'évolution a suivi des embranchements différents, subi des circonstances extérieures légèrement variantes, un fantasme de paléontologue sous acide à la portée de tous les habitants de la planète... Et les conflits qui résultent de cette promesse de renouveau, économiques, idéologiques, spirituels, etc. Un roman très prometteur que celui-ci. Néanmoins nous en sommes encore au premier tome, et les dernières péripéties des deux explorateurs permettent d'imaginer une suite des plus passionnantes. Vivement donc La Longue Guerre, et les développements que les deux auteurs vont imaginer à partir de ce premier récit.

Marion Godefroid-Richert

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