Derrière la haine

Barbara ABEL

Pocket, 2013



Derrière la haine, c'est le genre de livre qui me tombe un peu par hasard entre les mains, le genre de bouquin qu'on lit parce qu'on n'a pas vraiment autre chose à se mettre sous la dent. Pour faire passer le temps. On n'en attend pas grand-chose, on peut donc difficilement être déçu. Plongeons dedans. Prologue : une violente dispute éclate entre deux femmes, l'une semble quasi hystérique, la deuxième anéantie. Un enfant est au milieu de tout ça, il ne semble pas vraiment comprendre pourquoi ces deux femmes qu'il aime tant se déchirent.

La suite du livre revient sept ans en arrière et raconte tout ce qui s'est passé avant cette dispute. Le décor est planté, très réaliste : deux couples d'amis et leurs enfants respectifs, Max et Milo deviennent voisins. Seule une haie les sépare. Ils font des projets, se construisent une vie à six, prennent soin les uns des autres. Pourtant, cette osmose entre les personnages ne va pas durer... (Eh oui ! aucun intérêt d'en parler à Mauvais Genres sinon). Le drame arrive, l'effroyable point de non-retour. Les personnages plongent dans la spirale du désespoir et de la culpabilité. Leur amitié se détruit peu à peu. Mais l'aspect le plus intéressant de ce livre est la paranoïa. L'auteur entraîne le lecteur dans les moindres méandres du délire de suspicion et de persécution de ses personnages. Jusqu'aux dernières pages, on ne sait qui est paranoïaque, qui a raison ou non de l'être, de quel côté de la haie se situe réellement le mal. Le lien entre la "haine" du titre et la "haie" du texte est évident, c'est tout simple, mais bien trouvé.

La construction du récit est intéressante. Lors du prologue (la dispute), je me disais : "mince, je devine déjà ce qui va se passer". Cela dit, même si on pressent le drame, on ne soupçonne absolument pas tout ce qui en découle. Et encore moins la fin tragique vers laquelle l'auteur nous emmène. Et quand je parle de fin tragique, le pire, c'est l'épilogue : il vous hérisse les poils du dos et vous laisse une sensation de mal aise. Un bon thriller ! La narration est entrecoupée d'extraits du carnet de santé d'un enfant. On suit sa croissance, sa santé : "M. s'agite beaucoup", "Entrée de M. à l'école", "M. est très réceptif". S'agit-il de Milo ou de Max ? J'ai trouvé l'idée géniale. On y cherche des indices, des informations qui nous permettraient de comprendre ce qui s'est passé.

Si le style de l'auteur m'a parfois dérangée, notamment en début de lecture, où certains mots me semblaient un peu sophistiqués, Derrière la haine reste un livre convaincant et prenant, je suis loin d'être déçue.

Zab

partager sur facebook :