L'Etrange Vie de Nobody Owens

Neil GAIMAN

Albin Michel, 2009



A lire d'urgence pour tous, petits et grands. Mes doigts ne vont pas assez vite sur le clavier pour dire tout le bien que je pense de cette histoire (enfin mes deux doigts).

On ne présente plus Neil Gaiman, ça tombe bien. J'ai pas trop potassé sa bio, mais j'ai vu sa photo, il est chou comme un bobtail et il a collaboré avec Pratchett (prestige !). C'est même un sérieux prétendant au trône lorsqu'on lit le formidable et désopilant Anansi Boys, que je conseille vigoureusement ! J'ai moins aimé Coraline, que je trouvais un poil flippant, alors revenons à Nobody !

Une maison paisible profanée par un tueur monstrueux, un couteau dans la nuit... Un bambin s'éloigne en vacillant sur ses petites jambes. Il avance vaillamment vers le cimetière sur la colline nimbée de clair de lune. Rage folle du tueur : il n'aura pas celui-là ! Du moins pas encore... L'enfant s'endort sur la quiétude moussue d'une pierre tombale, bientôt entouré des spectres habitant la nécropole. Des murmures dans la nuit : Qui s'occupera de l'enfant ? Le rendre aux vivants ? Ceux-là même qui n'ont su le protéger ?

Les fantômes sauront, eux ! Et c'est entouré d'amour et d'amitié que grandira le petit garçon baptisé Nobody, tant ses origines sont mystérieuses. Il a des parents, des compagnons de jeux, des précepteurs et un étrange tuteur appelé Silas, ni vivant ni mort, plutôt du genre nocturne (j'ai pas dit vampire ! non, je ne l'ai pas dit !). Cela dit, bien d'autres créatures rôdent dans le cimetière, certaines bien plus anciennes que la mémoire de l'homme, et pas forcément bienveillantes ! Mais ceci n'est rien face à la menace du Jack, le tueur qui sans relâche cherche l'enfant pour finir le travail.

Qui est vraiment Nobody ? Quelle est sa funeste histoire ? Vous en saurez plus, mais vous n'en aurez jamais assez !

On se surprend à imaginer ce que ferait Tim Burton d'un tel sujet ! Aux dernières nouvelles ce serait Neil Jordan qui s'y collerait dans un film d'animation. S'il retrouve le quart de l'onirisme ravageur de La Compagnie des loups, on prendra ! En attendant,on lit...

Gaëlle


  

Mirrormask

Neil GAIMAN, Dave McKEAN

G.C.T.H.V., 2006



Elena est une adolescente qui vit dans un cirque. Là où tout le monde voit le rêve devenu une réalité, dans cet univers fantaisiste et charmant la jeune fille étouffe et ne souhaite qu'une seule chose : avoir une vie " normale ". Plus de roulotte et de piste aux étoiles. Malheureusement son souhait pourrait bien s'exaucer de la pire des manières : la mère d' Elena s'écroule un soir ; elle est gravement malade, il faut l'opérer. La nuit fatidique où son sort est entre les mains du chirurgien, Elena rêve : elle se retrouve dans une ville étrange, une ville de lumière dont la reine blanche dort d'un profond sommeil que personne ne semble pouvoir briser. Sa voisine la reine noire est à la recherche de sa fille qui a disparu, et des ombres menaçantes recouvrent peu à peu le royaume de la belle endormie. Elena trouvera-telle le masque-miroir, qui seul pourra débloquer la situation ?

Ce film fantastique est un magnifique voyage onirique dans le subconscient adolescent. Sorti des studios Henson (qui ont commis entre autres le Muppet show et les créatures de Fraggle Rock), la part est belle qui est faite aux effets spéciaux : esthétiques, surprenants, originaux. Une mention spéciale pour les sphinx dévoreurs de livres, et les géants qui lévitent, enlacés voluptueusement en apesanteur amoureuse. Le film est très joli, les péripéties pas si prévisibles et l'univers attirant. Un très bon moment en famille en perspective ou bien en amateur solitaire de curiosités fantastiques.

Marion Godefroid-Richert


La saison des brumes

COLLECTIF, Neil GAIMAN

Delcourt, 2003
Sandman : 4
Traduit de l'anglais. Première parution dans la langue originale en 1992.



Le Diable s'ennuie en Enfer. Sur un coup de tête, il décide de tout arrêter, de libérer tous ses protégés et de confier la clé de son royaume à Dream, venu libérer la femme qu'il a damnée plusieurs siècles auparavant pour avoir osé résister à ses avances. Privé de cet élément essentiel à son équilibre, le monde est alors sur le point de plonger dans le chaos : les morts reviennent et les prétendants à la succession de Satan sont nombreux. Tous, dieux de l'Olympe, antiques divinités nordiques, égyptiennes ou orientales, simples démons aussi, s'invitent chez Dream en espérant qu'il leur confiera la clé tant convoitée...

BD culte aux Etats-Unis, notamment au sein du public gothique, "Sandman" rompt avec la tradition du comic américain, où les super-héros sont très gentils et doivent débarrasser le monde de leurs ennemis, très vilains. Ce qui frappe d'abord à la lecture de "Sandman", c'est en effet son absence de manichéisme. Aucun personnage n'est ni tout blanc, ni tout noir... même si le noir l'emporte largement, tant l'ambiance est sépulcrale et désespérée. Autre particularité, Neil Gaiman, nous révélant ici une nouvelle corde de son arc qui en compte décidément de nombreuses, a choisi de s'entourer de dessinateurs différents pour chaque chapitre de cette saga. Issus de l'école du comic américain, tous ont en commun un trait de crayon tranché, de larges aplats de couleur, beaucoup de zones noires aussi, le tout donnant à l'ensemble un caractère étouffant, oppressant, à la limite de la claustrophobie, qui peut mettre mal à l'aise et révèle une approche de la bande dessinée très différente de celles explorées en Europe. Créé pour la BD d'action, ce style tranche avec le côté posé de ces aventures métaphysiques et l'effet produit n'est pas inintéressant, tant il accentue la violence des sentiments ressentis par les personnages de Gaiman.

Une épopée à suivre.

Mikael Cabon

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