Cris !

PROFESSEUR FERNANDE

L'Echappée Belle, 2013



Professeur Fernande, c'est bizarre comme nom de plume... Mais, au détour du Web, je vous ai retrouvé dans le n°5 d'une revue, L'Ampoule (soyez patient pour le chargement du fichier, mais au final, ça marche !), où vous décrivez votre rencontre avec ce renard claudiquant sur trois pattes et qui a eu le superbe courage de couper lui même sa patte, prise dans un piège déposé sympathiquement par l'homme, mais aussi à l'occasion de votre premier bouquin, Vous m'en direz des nouvelles !, au sujet duquel j'ai appris que vous aviez rédigé une thèse sur Proust et enseignez actuellement dans une ZEP délicate du 93.

On vous sent comme qui dirait un peu sensible sur certains sujets : la maréchaussée, au sujet de laquelle vous reproduisez la citation d'Alain, "La morale commence là où s'arrête la police." Ah ! on sent que vous aimez l'uniforme ! Mais aussi les chasseurs, ou encore la justice : "chaque jour le juge, Serial killer officiel, exécuteur du grand abattoir, rouage de l'horrible industrie judiciaire, mercenaire de l'ordre moral, magistrat du grand massacre..." On imagine que le jour où vous dépassez la limite de vitesse ou errez dans un état d'ébriété avancé, ça doit chauffer pour vos abattis avec les potes que vous avez dû vous faire dans ces différentes congrégations !

Votre recueil, Cris !, est constitué de treize nouvelles. Des nouvelles..., c'est à voir puisque, si certaines portent une véritable histoire, d'autres ne font qu'exprimer votre point de vue sur un sujet qui, en général, vous échauffe quelque peu. On rangera dans la première catégorie l'histoire de cette femme à l'amour pour un adolescent ou encore la rencontre entre un adolescent et un taulard par l'intermédiaire d'un pigeon voyageur. Vos impressions sur l'inhumanité des abattoirs, à travers le regard d'un de leurs anciens employés, ou encore sur le comportement des oiseaux dans les villes appartiennent plutôt à la deuxième catégorie.

J'ai apprécié certaines de ces nouvelles, notamment celle où vous décrivez le contraste entre immigrés débarquant sur une plage des Canaries et touristes affalés sur ladite plage, dont les préoccupations sont tout de même relativement différentes. J'ai apprécié également quelques réflexions fort justes comme "Il est toujours étonnant d'observer combien un individu qui mendie paralyse les gens à qui il s'adresse." Ou encore, le sentiment de culpabilité qu'il est bien difficile de réprimer lorsque l'on entend une sirène de police : on a toujours un vol de radis à se reprocher ! Comment le dire ? Je reste un peu mal à l'aise devant vos descriptions d'amours ados/adultes qui sont souvent bien loin d'un simple amour filial.

Pour le style, c'est du sophistiqué et l'on n'oublie pas que vous avez taquiné Proust dans votre thèse. C'est quelque fois trop sophistiqué d'ailleurs, que cela soit dans les mots (c'est quoi, une intuition physiognomonique ?) ou dans certaines tournures ("l'humanité ne parvenant pas longtemps à soustraire aux mâchoires entropiques et régénérantes de la nature la moindre de ses créations").

J'aurais tendance à dire qu'on tient là entre les mains le point de vue d'un écorché vif qui ne manque pas d'intérêt ni de style, mais qui gagnerait à se désophistiquer.

Marc Suquet

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