Les Disparus du phare

Peter MAY

Rouergue, 2016
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Jean-René Dastugue



Un peu flippant de se retrouver devant un cadavre sur une île sans savoir si on en est soi même l'assassin ! C'est l'angoissante impression devant laquelle se retrouve Neal MacLean après avoir été rejeté par les vagues, ne sachant plus qui il est. Progressivement, Neal va retrouver son personnage grâce aux bribes d'informations qu'il enregistre : son chien qui le reconnaît, sa voisine, ses amis qui lui parlent de son livre sur la disparition de gardiens de phare... Mais reste ce sentiment "d'avoir fait quelque chose... de terrible".

Peter May, c'est la promesse de se retrouver immergé dans un univers de vent, de mer et de froidure au nord de l'Ecosse dans des îles dont on a bien du mal à se rappeler le nom. Après nous avoir entraîné sur les Hébrides dans sa fameuse trilogie écossaise, l'auteur déniche un endroit encore plus isolé : les îles Flannan, un petit groupe de cailloux situé à la périphérie de l'archipel des Hébrides. Faut aimer la poésie si propre à ce genre de lieu, mais aussi oublier la chaleur humaine car ce petit bout du monde est... inhabité. Mais sur ce bout de rocher plane un mystère, celui de la disparition de trois gardiens de phare, en décembre 1900. Le paysage est grandiose, époustouflant et il suffit de jeter un coup d'oeil à la galerie de photos du National Geographic pour s'en convaincre.

Comme d'habitude avec l'auteur, le roman est joliment écrit. Le lecteur est immergé dans le désarroi de Neal, appuyé par le "je", utilisé par Peter May. Le procédé n'est pas original, mais il est ici saisissant tant on peut imaginer la difficulté à découvrir la personnalité de celle qui se prétend être votre amante, à apprendre votre propre mort, ou à s'interroger sur le lien qui vous unit avec cette ado un peu "destroy".

L'ensemble trouvera sa solution dans une conspiration écologiste avec une fin angoissante en haut d'un phare, style Hitchcock et inconnu du Nord Express. C'est du bon Peter May, même si la lenteur du début désarçonne quelque peu le lecteur. Mais bon, découvrir qui l'on est, ça peut prendre quelque temps !

Marc Suquet


  

L'Ile du serment

Peter MAY

Rouergue, 2014
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Jean-René Dastugue



Curieuse, la traduction du titre du nouveau bouquin de Peter May : Entry Island est devenu L'Ile du serment. Mais la traduction doit-elle toujours suivre fidèlement le texte original ?

Cette fois-ci, c'est au Canada que nous emmène l'auteur, dans l'archipel de la Madeleine. Un endroit qui semble superbe même si quelque peu austère. James Cowell est poignardé. Qui pouvait penser que, dans une île où personne ne ferme sa porte à clef, on assisterait à un meurtre ? Chacun suspecte l'épouse, Kirsty. Sauf Sime Mackenzie, l'enquêteur à qui Kirsty dit quelque chose. Étrange effectivement, de posséder un anneau représentant les mêmes armoiries que le pendentif de l'accusée...

J'ai aimé la psychologie des insulaires : impossible pour Kirsty de quitter son île. Le même sentiment habitait sa mère qui, atteinte d'un cancer, refusait d'aller consulter un médecin loin de son île ! Et puis, les îles, c'est rude : sur le bateau, on découvre parfois un cadavre que l'on transporte vers le continent. Original, de trouver un corps dans une housse plastique, étendu entre les sièges ! Original aussi Norman, dont le plafond de la chambre est couvert d'un monde en pâte à modeler représentant des prairies, des routes, des lacs et des bus !

Peter May remonte le cours du temps et évoque le XIXe siècle, durant lequel des paysans écossais chassés de leur terre, sont embarqués de force pour le Canada : les Highland Clearances, un vrai déplacement de population comme on peut hélas l'imaginer... Le scénario du livre se déroule donc sur les deux périodes qui s'entremêlent. La fameuse famine apparue en Irlande et liée au mildiou de la pomme de terre ou à une politique impériale britannique déficiente, fait aussi des ravages aux îles de la Madeleine.  

Au final, un bouquin que j'ai aimé, notamment pour son aller et retour entre présent et passé, mais aussi pour la description de cet environnement original que constitue Entry island. Mais un bouquin qui n'atteindra pas tout de même le niveau du premier tome de la trilogie L'Ile des chasseurs d'oiseaux. Fallait pas commencer par un super bouquin comme ça : on a toujours tendance à comparer.

Marc Suquet


  

Scène de crime virtuelle

Peter MAY

Rouergue, 2013
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Jean-René Dastugue



C'est l'histoire de Michael, qui a perdu sa riche épouse il y a six mois d'un cancer foudroyant. Il la pleure dans leur immense et dispendieuse villa qui surplombe la plage de Newport Beach. Hélas, elle lui a laissé de grosses dettes en plus d'un immense chagrin et c'est le coeur lourd que le jeune homme a dû reprendre son ancien travail, photographe pour la police scientifique californienne. Le premier crime sur lequel il est envoyé est étrange : un comptable, transpercé de trois balles. Pas de preuve concrète, une vie rangée ? Puis un deuxième meurtre : une jeune femme très riche, retrouvée elle aussi à son domicile transpercée par des balles sans rien pour l'expliquer. Finalement un point commun finit par relier ces deux morts, ténu mais intrigant : ils jouaient tous les deux à Second Life, un jeu en réseau de simulation réaliste disponible sur internet. Un univers parallèle, factice et terriblement addictif qui permet à tout citoyen de s'inventer une autre personnalité, une autre vie. Pour Michael qui a perdu tout goût à l'existence depuis la mort de sa bien-aimée, c'est tout à coup une échappatoire, une chance de guérir qui s'offre. Et le début d'une enquête hors des sentiers battus. Le danger se profile bientôt, bien réel malgré la virtualité de l'expérience. Trois millions de dollars atterrissent par erreur sur le compte virtuel de son avatar, Chas Chesnokov. La tentation est trop grande de corriger ses déboires financiers, et voilà Michael pris tout à coup dans la ligne de mire du pire adversaire qui soit : la Mafia. La course contre la montre commence : vingt-quatre heures pour trouver d'où vient l'erreur, rembourser l'argent, résoudre le mystère des crimes ? Quel retour en fanfare parmi les vivants !

On avait laissé Peter May sur la clôture de sa trilogie de Lewis dans un univers sombre et magnétique, celui d' une communauté insulaire codifiée où les personnages de son théâtre personnel avaient à digérer un passé lourd et des secrets traumatiques. On le retrouve ici dans une oeuvre aux antipodes de ce registre dramatique dans une fiction très actuelle, très ancrée dans le présent. Son personnage principal est encore un parangon de héros romantique, tourmenté et en deuil, poursuivi par le regret de son amour perdu. Son immersion dans le jeu représentant une bouée de sauvetage qui lui évite d'avoir à se colleter avec la réalité, ça c'est nouveau. Cet exercice de style de l'auteur ressemble à la lecture à un plaisant essai, mais guère inspiré. Autant j'ai pu être conquise par L'Île des chasseurs d'oiseaux (voir la chronique ici), autant j'ai été un peu surprise de voir ce que donnait cette bonne idée de départ, que Peter May semble ne pas avoir su faire se développer (pas assez à mon goût). On reste sur des idées assez bateau : dissimulation derrière des masques, finalement aussi révélateurs qu'un vrai visage. Articulation des rapports virtuels autour de la transgression et surtout du sexe. Héros finalement assez peu creusé. Ce qui m'a amusée : la défunte épouse, de dix ans son aînée. L'alliée occasionnelle pour laquelle il craque : une veuve du double de son âge ! L'écrivain aurait pu pousser la métaphore et donner une vraie profondeur à ces conquêtes très colorées oedipiennes, mais il s'arrête au seuil de l'interprétation et laisse son enquêteur se dépatouiller avec son entourage (quasi exclusivement féminin, l'entourage : "une" agent immobilier, une psy, une bonne copine-moche-mais-sympa). En bref, une lecture agréable, car quand même l'auteur a du talent, mais pas plus, car pas au mieux de sa forme. Ca ne m'empêchera pas de lui donner sa chance pour le prochain ouvrage.

Marion Godefroid-Richert


  

L'Homme de Lewis

Peter MAY

Actes Sud, 2013
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Jean-René Dastugue



L'inspecteur Fin Mcleod est comme un vieil ami que l'on est content de retrouver au fil des pages. J'ai avalé le roman avec gourmandise.

Tout comme dans les romans de Camilla Läckberg où on est heureux de retrouver Erika, ici, c'est l'ex-policier Mcleod, que la vie n'a pas épargné, qui nous embarque dans ces enquêtes à travers son histoire et celle de ses proches. Des décors grandioses pour le huis clos des îles écossaises, face aux éléments.

Dans L'Homme de Lewis, les personnages sont attachants, profonds. Le personnage de Tormod Macdonald, qui nous fait vivre la maladie d'Alzheimer de son point de vue, est saisissant.

A lire sur la lande avec un verre de Talisker pour s'immerger dans l'ambiance.

Jean-Marie


Fin Macleod est revenu sur l'île de Lewis, cette fois-ci de manière pérenne. Ses divorces sont consommés : avec son épouse, son métier d'enquêteur et toute la vie patiemment élaborée à Glasgow. Tout cela est parti en fumée le jour terrible de la mort de son fils. Il ne sait plus vraiment où il en est mais une chose lui paraît certaine, il ne peut rebondir, redémarrer quelque chose qu'à partir de sa terre natale. Son arrivée coïncide avec une découverte étrange et rare. Des villageois ont exhumé de la tourbe qu'ils taillaient pour en faire du combustible un corps momifié, parfaitement conservé. Après analyse, il apparaît que la mort remonte à une cinquantaine d'années, et que le jeune homme serait lié à Tormod Macdonald, le père de Marsaili, l'amour d'enfance de Fin. Mais le vieil homme se perd en douceur dans les brouillards de la démence sénile d'Alzheimer. Dès lors, reconstituer l'identité du disparu et les circonstances de sa disparition tient de la gageure. Mais la patience de Fin, les discours décousus de Tormod et une nouvelle plongée dans le passé vont porter leurs fruits. Bien amers en vérité, puisque l'enquête va remettre au jour ce que la société écossaise a fait pendant des années de ses orphelins catholiques. Des destins individuels et collectifs dramatiques et cruels, quand on considérait encore les enfants comme une subdivision à peine particulière du mobilier.

Deuxième volet que l'auteur consacre à l'île de Lewis, le récit tient ses promesses. La même âpreté, la même douloureuse lutte pour la survie, les mêmes passions que dans le premier opus, mais sans redondance. L'auteur arrive à nous faire accompagner son personnage principal avec sympathie, au sens premier du terme. L'enquête est passionnante, trouvant de douloureux échos avec ce qui a pu être décrit sur les couvents de la Madeleine en Irlande (qui a donné lieu à la réalisation d'un film de Peter Mullan, The Magdalene Sisters, qui a fait polémique au Vatican). Sans bien sûr vouloir généraliser et pointer du doigt qui que ce soit, encore un magnifique exemple de ce que peut donner l'abus de position morale dominante. Par ailleurs, l'auteur soigne l'entourage de son enquêteur en nourrissant une intrigue secondaire autour du fils de Marsaili et de sa petite famille. Là aussi on accompagne volontiers le combat tranquille mené par Fin contre son vieil ami Donald Murray pour lui faire accepter la prise de responsabilité des deux jeunes gens autour de leur petite fille. Encore un bel ouvrage, qui continue d'éclairer sur les moeurs insulaires des Hébrides écossaises, avec une histoire de vendetta qui ne déparerait pas en Sicile. Suite et fin à venir de cette saga dans le troisième et dernier ouvrage, Le Braconnier du lac perdu, dont je vous livrerai prochainement la chronique (lecture en cours) !

Marion Godefroid-Richert


Et retour sur Lewis pour Fin MacLeod, l'ex-flic. Faut-y être accro pour vouloir goûter à nouveau à ce sympathique cocktail de pluie, de vent et de froidure. Pour les auditeurs de la météo du 20 heures, ce n'est pas de Brest dont on parle là, ni même de Cherbourg. Le roman de Peter May a pour cadre l'île de Lewis, au nord des Hébrides. Un endroit qu'il faut aller chercher sur une carte tout au nord de l'Écosse.

J'avais totalement accroché avec le premier tome de cette série, L'Ile des chasseurs d'oiseaux. Ici, un peu moins. Pourquoi, je ne sais pas trop. Peut-être l'effet de surprise qui a disparu. Ça reste néanmoins un très bon bouquin dans lequel on remarquera les passages dans la tête d'un patient atteint d'Alzheimer. Brrr... Mais aussi son ex-ami, Donald Murray, à la rigueur morale ecclésiastiquement glaçante : non seulement y a le vent mais aussi les coincés du c...

Marc Suquet


  

Le Braconnier du lac perdu

Peter MAY

Rouergue, 2012
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Jean-René Dastugue



Il a trouvé du boulot. Ce n'était pas gagné, avec son passé, ses qualifications étroites, le manque de perspectives de l'île et son chômage rampant. Embauché comme chef de sécurité dans le domaine de pêche le plus important de Lewis pour lutter contre le braconnage actif qui s'y exerce, Fin Macleod va retrouver l'autre ami intangible de son adolescence que la vie avait éloigné de lui, à savoir John Angus Macaskill, que tout le monde a toujours appelé Whistler. Ce dernier est resté un mystère pour Fin : son intelligence supérieure, sa culture, son talent de flûtiste, tout cela semblait autant d'atouts à l'époque pour que Whistler prenne son essor et achète un aller simple hors de leur terre perdue des plus septentrionales. Mais à la place d'un destin prometteur, le colosse a choisi de rester sur Lewis, y vivant d'expédients divers et finissant au bout de tant d'années par perdre femme et enfant lors d'un divorce difficile. Il ne lui reste plus que le braconnage pour subsister, sa hargne et son cerveau exceptionnels pour tenter de conquérir la garde de sa fille adolescente. Fin, à qui il a sauvé la vie, tente de lui apporter son soutien. Mais voilà qu'une fois de plus le démon hasard va s'interposer : la mère de toutes les tempêtes se déchaîne au cours d'une nuit de folie et dégage une épave d'avion, avec à son bord le cadavre d'un homme assassiné. L'occasion pour Fin de démêler un nouvel écheveau du passé et d'affronter le fantôme d'un autre amour de jeunesse, Mairead à la voix d'ange et au coeur de glace. Fin va-t-il arriver à sauver John Angus de lui-même et finalement à faire la paix avec sa jeunesse ?

Suite et fin de la trilogie de l'Ecossais Peter May consacrée à son inspecteur perdu. Dans ce final grandiose, l'auteur illustre finement la capacité qu'a eue son héros à ne faire que de mauvais choix, aux conséquences désastreuses pour lui et pour son entourage. Son incroyable aptitude aux amours malheureuses, et à faire défaut à ses amis les plus chers, forcé par le destin à les trahir même si c'est malgré lui. Mais tout cela en gardant son esprit chevaleresque et sa fidélité. Un anti-héros attachant, décrit avec humanité et sans complaisance, en particulier dans ses rapports avec les femmes qui ont traversé sa vie. Dans ce troisième opus, il se prend quelques remarques vivifiantes de justesse, même si elles sont cruelles. La femme de son ami pasteur lui renvoie à la figure sa lâcheté vis-à-vis de son ex-épouse quant il la morigène pour son abandon du navire en déroute, lors du procès intenté à Donald par les autorités religieuses pour avoir tué le gangster qui menaçait la vie de ses fille et petite-fille. Remise en place salutaire qui permet à Fin Macleod de terminer cet ouvrage en faisant un vrai bilan de sa vie passée, seul garant d'une authentique chance de changer le cours des choses et de reprendre en main son destin. L'intrigue policière passe du coup un peu au second plan, et l'auteur ne s'embarrasse pas de souci de fluidité narrative ni de vraisemblance même quand il commence par nous "promettre" une enquête sur le braconnage industriel et qu'il finit par une pirouette pour expliquer la mort de Robbie, le jeune fils de l'inspecteur, tout en passant par l'identification un peu brouillonne du cadavre de l'avion. Qu'importe. On n'avait pas vu plus belle plongée ? qui plus est talentueusement relatée ? dans un microcosme méconnu depuis des lustres. Il faut se plonger dans cette île démoniaque, "une prison qui est aussi un royaume" (dixit Roger Martin, critique de l'Huma) pour comprendre la fascination qu'elle exerce sur ses habitants et ses touristes (ici littéraires). Et il n'est que de peu d'intérêt de s'étonner qu'autant de cadavres soient liés au héros et à sa vie sur l'île, tant le sujet de cette trilogie n'est pas les enquêtes de Fin mais bien la mise en chantier d'un homme par lui-même. A l'instar de la blackhouse de ses parents, qu'il revoit enfin au bout de plusieurs dizaines d'années dans le premier tome, dont il entreprend la rénovation dans le second, et qu'il finit de débarrasser, coquille vide avec un toit opérationnel et des murs debout dans le troisième, mais qu'il ne peut toujours pas habiter, Fin Macleod semble n'être sur Lewis que pour pouvoir mieux se reconstruire. Le voir se battre contre lui-même est un spectacle rare, et il fallait bien un Ecossais pour rendre ce combat aussi rugueux que déchirant, attirant comme un malt des Orcades après la pluie. Vous l'aurez deviné, malgré mes petites critiques ça et là je ne peux que vous recommander la trilogie de Lewis, une vraie réussite.

Marion Godefroid-Richert


Fin Mac Leod est de retour dans la "matrice" comme il l'appelle, son île natale du nord de l'Écosse. Et avec un boulot, en plus : chef de la sécurité dans un grand domaine. Bref, le gars qui traque braconniers et chasseurs hors la loi. Et notamment son copain Whistler, qui prend un malin plaisir à le provoquer. Ce troisième tome tourne autour d'un phénomène peu connu : un loch qui se vide ! Une question de poussée de tourbière : eh oui, moi non plus je ne connaissais pas. Un phénomène qui n'arrive que lorsque la tourbe est sèche. C'est sûr, au nord de l'Ecosse ça laisse un peu songeur ! Mais bon, ça existe et dans le cas présent, ça permet de retrouver un avion au fond du lac avec un cadavre dedans. Le début d'une nouvelle histoire policière pour Fin.

Y a pas à dire, autant j'avais kiffé grave le premier, autant les deux tomes suivants me plaisent bien, mais me semblent dépourvus de l'extraordinaire ambiance décrite dans le premier volume : la dureté du climat et des Hébrides, la cérémonie initiatique de la chasse des oiseaux... On ne retrouve pas le souffle qui régnait dans le premier volet.

Et pourtant, les retours vers le passé de Mac leod composent une vraie ambiance dans ce bouquin. Un passé dans lequel l'église domine la vie de tous en interdisant le passage du ferry ou de l'avion durant le sabbat. Des scènes d'anthologie comme la course de moto organisée pour choisir le nom du groupe de musique : un affrontement à la James Dean. Et puis des femmes, Mona, Mairead, Marasaili, autour desquelles tournent les coqs jaloux Et encore, un pays dont les noms fleurent le caractère : Tathabhal, Tamnabhaig, Raonasgail, Mealaishbal, et il y en d'autres comme ceux là !

Une fin à la Hitchcock, en pleine fête foraine avec une folle poursuite de hors-bords. Un bon polar donc mais sans le souffle exceptionnel du premier. Peut être parce que l'effet de surprise est passé ?

Marc Suquet


  

L'Ile des chasseurs d'oiseaux

Peter MAY

Actes Sud, 2011
Traduit de l'anglais (Ecosse) par Jean-René Dastugue



Fin Macleod a grandi sur l'île de Lewis avec quasiment une idée fixe : partir. D'aussi loin qu'il se souvienne, s'échapper, vivre enfin. Dix-huit ans après son départ pour l'université, le voilà qui revient. Sa vie l'a conduit à un destin qu'il ne s'imaginait pas quand il était enfant : il est devenu inspecteur de police à Edimbourg et père de famille. Hélas, un chauffard lui a pris son fils, ce qui a ruiné son mariage. Toujours en deuil, il est envoyé sur Lewis pour se "remettre en selle", choisi par un programme interne de la police pour enquêter sur la mort d'un homme avec lequel il a fait une bonne partie de sa scolarité. Son retour signera pour lui une plongée dans son enfance, dont il avait occulté une partie non négligeable, question de survie. Ange Macrichie, le défunt et ancienne brute de cour d'école, Marsaili, son amour d'enfance, Artair, son inséparable copain dont le père se dévouait à lui donner des cours pour lui permettre d'aller jusqu'à l'université... Tous ces fantômes de son passé se ruent à sa poursuite dès le premier pied posé sur le sol de l'endroit qui l'a vu naître. Remonter le temps est un exercice périlleux, Fin va l'apprendre au bout d'une recherche éprouvante.

Ce roman constitue le premier volet d'une trilogie que l'auteur consacre à l'île de Lewis, dont les deux autres tomes, L'Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu sont parus en septembre 2012 et janvier 2013. Cette terre des Hébrides écossaises est le siège rêvé d'un récit âpre, noir, violent comme celui que nous livre Peter May. L'histoire, rythmée par les allers-retours entre deux époques de la vie de l'inspecteur, est passionnante, magnifiquement décrite, sans complaisance pour ses protagonistes. Il n'y a pas d'excuse toute faite pour les lâchetés, les silences, les erreurs faites par les individus de cette société en vase clos. Il y a aussi de la grandeur d'âme, des surprises sur les bonnes choses dont certains sont capables, de la fidélité, de la constance, tout ce qui fait une humanité passionnante à observer. Magnifiques sont aussi les descriptions de l'expédition annuelle des hommes de l'île jusqu'à un lointain îlot (nommé "an sgeir", le rocher) recouvert de colonies de fous de Bassan pour en rapporter exactement deux mille oisillons qui sont dégustés comme un mets de choix (les "gugas"), coutume ancestrale qui date du temps pas si lointain où les insulaires en pleine famine n'avaient pas d'autre choix pour faire subsister leurs familles. L'ensemble, enquête et mise sous loupe de cette communauté particulière, font de cet opus un magnifique roman qui donne faim des deux suivants. Je vous tiens au courant de ce qu'ils donnent.

Marion Godefroid-Richert


Voilà un bouquin que j'ai kiffé grave. Je l'ai même prêté à ma maman à moi qui a beaucoup aimé aussi. C'est dire ! Une vraie ambiance dans ces pages : faut y être né pour vivre sur cette ile des Hébrides, au nord de l'Écosse. Au menu : pluie, vent, froid et histoires de famille pas toujours racontables. Les Hébrides : cinq cents îles parmi lesquelles juste une petite dizaine est habitée. C'est encore plus île que notre proche Ouessant. Et pourtant, quand on y est né, on l'a quelque part dans le sang et on ne peut pas s'empêcher d'y revenir. Fin Mac Leod, lui, c'est pour son boulot. Mais vu comment il s'appelle, on s'en doute, il y est né et il kiffe, le Fin, son île natale. Ben finalement, le lecteur aussi il kiffera Lewis... Quant à y naitre, ben faut voir quand même....

Le bouquin s'organise autour de flash-backs qui resituent l'histoire passée des persos dans l'île et densifient l'intrigue actuelle. Il avait mis un couvercle sur ce lourd passé, Fin, et le voici rattrapé par un passé peuplé de fantômes destructeurs à souhait. Et puis, ce rite initiatique pour tout jeune garçon de chasse aux oiseaux sur un rocher qu'on met plusieurs heures en bateau à atteindre, où il pleut, il vente, bien sûr, mais aussi (eh oui, on peut imaginer encore plus sympa...), couvert du guano des oiseaux qui y nichent.

Un beau livre que j'ai adoré comme tous ses autres lecteurs. Vite, le tome 2 !

Marc Suquet

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