La Clé de verre

Dashiell HAMMETT

Folio Policier, 2013
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Natalie Beunat et Pierre Bondil



Elections pour un poste de sénateur dans les années 30. Plusieurs chefs de gang s'opposent par rival interposé. Entre le sortant Ralph Henry qui veut garder son mandat et les outsiders qui se bousculent au portillon règne une atmosphère d'empoignade, une guerre larvée menée à grand renfort de chantage, de campagne diffamatoire et de coups bas. Les escarmouches culminent lorsque l'on retrouve Taylor Henry, le fils du sénateur, mort dans une ruelle à deux pas du rade de Paul Madvig, qui est son principal soutien. Tous les indices, tous les ragots surtout vont pointer du doigt le chef de gang. Au milieu de la mêlée ne se dressera bientôt plus que Ned Beaumont, le fidèle qui fera tout pour que son boss et ami sorte de ce piège infernal...

Pour ceux qui ne connaissent pas, voici un des pères fondateurs du roman noir américain, l'inventeur avec Chandler de l'école "hard-boiled". Dur à cuire, en français dans le texte, soit le porteur de chapeau à imper avec flingue en pogne et petites pépées fatales. La Clé de verre est un des chefs-d'oeuvre de Dashiell Hammett, qui a également commis entre autres Le Faucon maltais, à l'origine du fameux film du même nom avec Humphrey Bogart. Dans ce roman, on est directement aux prises avec ce qui constitue (et est devenu) un classique de situation : prohibition, malfrats en collusion avec politiques, femmes fatales amoureuses, tables de jeux, whisky à gogo... Toute la ville semble n'être qu'un marigot glauque, gluant et méphitique. Au milieu des compromissions en tous genres subsistent quelques êtres droits, dont Ned Beaumont, qui est le fil conducteur du récit. Sa loyauté, son dandysme, son acharnement à trouver la vérité, sont tempérés par son interprétation assez personnelle des priorités financières et son goût pour l'alcool et le jeu. Les héros de Hammett sortent du moule du preux chevalier pour entrer dans un concept plus proche de la réalité, plus dans le gris que tout blanc ou tout noir. Au jour d'aujourd'hui ça semble naturel mais à l'époque ce fut une révolution et posa les bases de tout un pan de la littérature américaine, puis mondiale. De même l'analyse implicite de l'évolution des rapports sociaux présentée au fil de l'intrigue était novatrice et même irrévérencieuse. On suit également les péripéties des acteurs du drame dans une totale opacité, leurs motivations et atermoiements nous sont inconnus et ce sont les rebondissements de l'intrigue qui nous renseignent souvent a posteriori sur leurs inclinations. C'est une toute nouvelle manière de raconter une histoire. On ne peut que rendre hommage à ce pionnier, surtout qu'un beau travail de réédition a été effectué, une nouvelle traduction plus complète et fidèle à l'original. A essayer d'urgence et à conserver dans sa bibliothèque comme un pilier littéraire.

Marion Godefroid-Richert

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