Alice au pays des singes

Nicolas KERAMIDAS, TEBO

Glénat, 2012



Et si Alice, voulant retourner au pays des merveilles, s'était pris une noix de coco sur la tête ? Elle serait arrivée au pays des singes. Un lieu particulier puisque, depuis que Tarzan est parti, le tigre a pris sa place. Il a juré la perte de l'homme-singe. Or Alice est confondue avec Tarzan ! Heureusement, Eddy le mandrill l'aide et va essayer d'en savoir plus.

Il y a deux ans, Xavier Collette et David Chauvel signaient chez Drugstore une approche graphique d'Alice au pays des merveilles particulièrement réussie. Leur voisin de palier, Glénat, a décidé de faire pareil. Si l'idée est louable, engager Tebo et Keramidas n'était pas la plus sûre des décisions.

Tebo, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est l'enfant terrible des éditions Glénat. On lui donne du super-héros, il fait Captain Biceps. Des scientifiques se penchent sur nos excréments, il commet In caca veritas/In pipi veritas. Quant au Père Noël, il le représente version "destroy". Vous l'aurez compris, Tebo casse ses plus beaux jouets. Avec Alice au pays des singes, il donne un nouvel univers à l'héroïne de Lewis Carrol, tout en empruntant à la littérature des pulps et aux contes. Sans sacrifier son propre univers (on est Tebo ou on ne l'est pas), l'auteur se sert des méthodes de Lewis Carrol : parodie, nonsense et insolite jalonnent ce récit où une Alice naïve et caractérielle essaye de retrouver le lapin blanc. Elle trouvera un singe blanc à chapeau, une plante carnivore végétarienne et un tigre bien décidé à garder son titre de seigneur de la jungle. Dialogues percutants, péripéties incroyables, Tebo transgresse le tabou : réinventer Alice au pays des merveilles. Cette histoire devrait être interdite, car elle provoque gloussements, rires et joie !

Son compère Keramidas commet le même péché. Avec une grande maestria il nous promène dans cette jungle très particulière. Son trait et son sens du rythme, il les met au service de l'histoire : double page, arrêt sur l'action en cours voire dé-construction d'une case, tout est bon pour que ce lieu soit mis en avant. Si les personnages principaux semblent "classiques", le tigre est montré petit à petit... Bref tout n'est pas dévoilé du premier coup. Un graphisme qui ravira petits et grands. On doit rajouter Nob, qui met une couleur joyeuse, nullement agressive, mais dont la palette est impressionnante.

Cet album complètement déjanté montre une nouvelle fois le dur exercice de l'humour. Tebo maîtrise parfaitement l'écriture (sous acides de bananes) sans oublier la parenté illustre d'Alice. Keramidas fait un travail technique formidable tout en dessinant des pleines pages hallucinantes. Un album à éviter, sous peine de tomber amoureux des auteurs...

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