Frères d'ombre

Jérôme PIOT, Sébastien VASSANT

Futuropolis, 2013



Kamel, trente ans, est arrivé illégalement en France en provenance d'Algérie. Il est aidé par Alain, contrôleur à la SNCF, qui cache le clandestin chez sa famille puis chez des amis. Jusqu'au jour où Kamel apparaît aux infos télévisées : c'est un terroriste !

L'idée est intéressante : l'amitié qui naît entre ce réfugié et le contrôleur de la SNCF. Il y a des antécédents chez Alain : un frère nostalgique de l'Algérie française et qui avoue avoir déjà torturé. Une famille qui grouille de communistes, aussi. Mais finalement, Alain c'est un gars discret, divorcé et qui vit avec maman, un gars à qui il n'arrive pas grand chose. Sauf le jour où il se décide à cacher un clandestin dans les toilettes du train qu'il contrôle.

A l'origine, Frères d'ombre est un scénario que son auteur, Jérôme Piot, destine au cinéma. Mais voilà, personne n'en veut. La BD vient donc au secours du scénariste en la personne de Sébastien Vassant, dessinateur. L'objectif du scénariste est de montrer le regard négatif porté sur les Arabes au lendemain du 11 septembre : rappelez-vous, on flippait dans les transports en commun et on regardait avec beaucoup d'inquiétude les colis un peu gros et laissés de côté par leur propriétaire. Une image faussée que l'on retrouve chez certains collègues de travail d'Alain : carrément lourds, les gars !

C'est un récit de confiance entre deux hommes. Mais une confiance trahie : celui que j'héberge à mes risques serait un terroriste ! Malgré son humanité, l'album est malgré tout un peu lourd : des dialogues parfois longs, bien longs, qui cisaillent le rythme. C'est dommage, car l'idée en valait la peine !

Marc Suquet


Kamel quitte son pays et ses proches pour rejoindre la France. Il n'a qu'un seul contact : un cousin qui travaille quelque part dans le Sud. Alain, c'est sa femme qui l'a quitté. Alors, il vit chez sa mère, il s'occupe d'elle. C'est quelqu'un de taciturne, qui n'aime pas vraiment se frotter aux autres. Malgré des parcours de vie différents, les deux hommes sont finalement aussi seuls l'un que l'autre.

J'ai aimé cette BD essentiellement pour la première phase. Une amitié partant de rien, qui arrive un peu comme ça. Les deux hommes s'apprivoisent, se découvrent. La rencontre de l'autre va leur réchauffer le coeur. Un peu de douceur sur fond d'amertume. Et comme pour rappeler une réalité un peu morne, le dessin est simple et les couleurs sont ternes (mais j'aime beaucoup).

Lorsque, par la suite, on apprend que Kamel est soupçonné de terrorisme, on s'attend à une intrigue plus complexe mais finalement les choses vont se dénouer très (trop) simplement. Et c'est bien dommage.

C'est intéressant de voir une BD aborder à la fois le thème du terrorisme et celui de la guerre d'Algérie, de se dire que les horreurs du terrorisme valent bien les horreurs de la guerre d'Algérie. Petit bémol, la guerre d'Algérie est amenée de façon un peu trop classique à mon goût.

Zab

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