Six Problèmes pour Don Isidro Parodi

Adolfo BIOY CASARES, Jorge Luis BORGES

Robert Laffont, 2013



Don Isidro purge une peine de vingt et un ans d'enfermement dans la prison d'Etat de Buenos Aires. D'aucuns diraient qu'il y est confiné, mais ses amis et solliciteurs savent bien qu'il n'a fait que s'y retirer du monde. C'est un point de détail que de rappeler sous le manteau qu'il n'a pas commis le crime dont on l'accuse, et que seule la conjonction d'un commissaire en dette financière, une propension à la liberté d'esprit et de parole de Don Isidro et un coupable trop précieux aux yeux des hauts placés ont fait tomber l'opprobre sur ce vif mais modeste coiffeur.

Dans sa modeste cellule défilent donc les parties d'un microcosme littéraire, artistique et bohème. Entre deux tasses de maté préparé dans un vieux pot bleu, le détective consacré des mystères de la ville écoute s'épancher le verbiage de ses invités et livre les clés des énigmes qui lui sont soumises. Et cela, bien sûr, sans bouger de son galetas.

Nous voici en présence d'une réinterprétation d'un grand classique du polar. C'est Agatha Christie sauce sud-américaine qui se déploie dans ces six saynètes de crime de boulevard. Le même humour, la même loufoquerie, les mêmes improbables personnages et intrigues surannées. La particularité réside dans le langage, si latin, si prompt à se perdre dans les méandres du détour et de l'anecdote qu'on en perd parfois de vue le fil droit du récit. Le lecteur, tout comme l'enquêteur, a parfois fort à faire pour démêler les fils qui s'entremêlent dans un récit choral souvent, quelque soit le nombre de rapporteurs. On savoure avec plaisir les élucubrations et échafaudages intellectuels de cette nouvelle mouture d'Hercule Poirot. C'est une jolie réussite que ce roman à quatre mains, car les deux compères qui l'ont commis ont su habilement se confondre pour n'écrire que d'une seule voix. S'agissant d'une réédition d'un livre datant de 1942, on peut penser qu'effectivement les auteurs se sont inspirés de la divine lady pour construire leur personnage et le planter dans ce décor austère. On retrouve son cerveau brillant, sa discrète misogynie, sa belle connaissance des turpitudes humaines, jusqu'à une touche de sa maniaquerie dans la préparation de sa boisson préférée. Une jolie idée que cette reprise, qui ne déparera pas dans une bibliothèque bien fournie d'amateur plus ou moins éclairé.

Marion Godefroid-Richert

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