Saga

Fiona STAPLES, Brian K. VAUGHAN

Urban Comics, 2013
Saga, T. 1, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurent Queyssi



Quand Brian K. Vaughan se pose derrière son bureau afin d'écrire un scénario, il ne le fait, en général, pas à moitié. Après nous avoir offert le chef d'oeuvre en série Y, le Dernier Homme, le père de Ex Machina nous emmène dans l'univers de Saga.
Sur Clivage, un monde en guerre, Alana et Marko donnent la vie. Ces deux amants de deux espèces différentes, dont la relation et considérée comme contre nature, vivent en parias et goûtent aux joies de la parentalité en fugitifs. En effet, de nombreuses personnes semblent s'intéresser de près à leur petite Hazel...

La grande force de Saga réside dans son monde extrêmement varié et sa galerie de personnages, principaux comme secondaires. Cette nouvelle série est une sorte de space-héroïc-opéra-fantasy, qui multiplie les bonnes idées et les sous-intrigues avec brio et qui n'hésite pas à aborder frontalement des thèmes trop rares dans les comics et à bousculer nos perceptions "humanocentrées". (Qui sont les extraterrestres ? Qu'est ce qu'une religion ? La bouche est elle forcément placées sur le visage ?)

Le travail atypique de Fiona Staples, qui s'était déjà distinguée avec North 40 et dans une épisode de la fresque historique Northlanders, est, quoique inégal, en parfaite adéquation avec le monde de Saga. Un trait vif, et des couleurs pour le moins variées !

Indispensable.

Alain


  

Les Seigneurs de Bagdad

Niko HENRICHON, Brian K. VAUGHAN

Urban Comics, 2012
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Benjamin Rivière



Prenez une famille de lions : Zilii le jeune mâle qui roule des mécaniques, sa copine Noor, Ali leur enfant et Safa une vieille femelle borgne. Ajoutez-y des avions qui bombardent le zoo de Bagdad en 2003, là où sont enfermés les lions. C'est la liberté qu'offre ainsi soudainement la guerre aux félins. Mais, est ce pour autant le rêve de ces lions, l'ancien temps dont la vieille lionne a averti des dangers ?

Un scénario plein de poésie et émaillé de réflexions intéressantes sur la liberté : la liberté ne se donne pas elle se gagne. Mais aussi sur le conflit des générations, symbolisé par les énervements entre Safa et Noor. Ou encore sur la sauvagerie des humains et la loyauté de lions face à ceux qui les ont nourris. L'ensemble passe en douceur au milieu de scènes d'actions qui rythment l'album. Intéressant aussi le thème de la guerre absurde vue à travers le regard des lions.

Les dessins sont plutôt sympas et même quelques fois élégants : on regardera avec intérêt les silhouettes des animaux, lions mais aussi chevaux. Bref, un joli coup pour cet album, basé sur une histoire réelle, qui peut être lu en famille.

Marc Suquet


Zill, Safa, Noor et Ali, quatre lions dont le destin va se trouver bouleversé en même temps que les habitants de Bagdad lors de la guerre du Golfe en 2003.

En effet le zoo comme le reste de la ville est bombardé et les animaux se retrouvent tout à coup libres, certes, mais livrés à eux-mêmes. La liberté est-elle le but de la vie comme le revendique Noor ou bien se paye-t-elle cher, trop cher comme le défend Safa ?

C'est une histoire vraie que scénarise ici M. Vaughan, faisant de ce conte une ode désabusée à la liberté. Le récit est noir et sans espoir et... il y manque un petit quelque chose pour être formidable ! En effet, les lions, qui au départ semblent avoir chacun une personnalité forte, promettant quatre points de vue, se révèlent très décevants quant aux réflexions sur eux-mêmes et "le sens de la vie". Seule Safa, la vieille méfiante et fataliste, et Ali, l'enfant "en devenir" font un peu avancer l'intrigue jusqu'à ce moment de grâce absolue qui se révélera être leur fin.

J'ai dit qu'il manquait un petit quelque chose car les dessins de M. Henrichon sont vraiment réussis, imposant la violence des lieux et de la guerre par un contraste entre le graphisme des lions (un peu disneyen...) et la mise en page du récit évoquant une fin du monde.

Au bout du compte on prend vraiment plaisir à suivre nos quatre compères et à re-découvrir (découvrir ?) que certes la liberté a un prix mais qu'elle est irremplaçable ! ("La liberté ne se donne pas... elle se prend !").

Annecat

partager sur facebook :