Le Paradis de la Terreur

Olivier BERLION, Marc OMEYER, Eric STALNER

Glénat, 2016
L'Art du crime, T. 2



Devoir tuer un homme pour atteindre le génie, c'est le dilemme qu'affronte Hippolyte Beauchamp, jeune peintre venu conquérir la gloire à Paris. Un engrenage né lors d'une agression par des voyous au cours de laquelle il tue l'un des deux agresseurs. Le regard de la victime inspirera le jeune peintre, favorisant l'éclosion d'une superbe toile.

L'idée est originale : l'objectif de cette nouvelle collection est d'explorer la fièvre créatrice au cours de neuf albums. Un crime par art, un suspense engendré par la conspiration née entre Berlion, auteur de plusieurs albums de BD et Marc Omeyer, scénariste au cinéma (source).

L'album est agréable, sans que le lecteur ne soit étonné par une excessive originalité. Le dessin, notamment, me semble un peu plat et simple, doté de couleurs sans grand caractère. Nous avions préféré la prestation d'Eric Stalner dans La Zone.

Marc Suquet


  

Planches de sang

Olivier BERLION, Marc OMEYER

Glénat, 2016
L'Art du crime, T. 1



Que se cache-t-il autour de cette BD, La Piste de Mesa Verde, reçue par Nora, une métisse indienne ? Pour le savoir, Nora se rend chez son expéditeur, un vieux milliardaire, qu'elle retrouve raide mort. Accusée de meurtre, elle ne trouve de l'aide que chez un seul policier, John Stoner dit Snail.

Ce tome est le premier d'une suite de neuf, chacun décrivant un crime lié à l'un des neuf arts. Les scénaristes resteront les mêmes, Marc Omeyer et Olivier Berlion, mais chaque album sera illustré par un dessinateur différent.

Soyons francs, je n'ai pas beaucoup aimé ce scénario complexe et nébuleux. Quant au dessin, je n'ai pas non plus été surpris par les visages plutôt simplement restitués, mais le dessinateur sait donner une ambiance assez noire qui colle bien à l'album.

Marc Suquet


  

Marius 1954

Olivier BERLION, Xavier DELAPORTE, Jérôme FELIX, GALANDON, Damien MARIE

Bamboo, 2012
La Lignée, T. 2



Dans la famille Brossard, on meurt à trente-trois ans. Après l'histoire d'Antonin en 1937 durant la guerre d'Espagne, voici celle de son fils Marius, quinze années plus tard. Prêtre, Marius débarque à Brest en 1954, en pleines manifestations ouvrières.

C'est du social et du lourd dans cet album. Mais c'est le legs de notre ville : six à sept mille ouvriers qui se succèdent pour reconstruire Brest dévastée par la guerre. Un contexte bien rappelé par le dossier spécial placé en fin d'album et préparé avec l'aide de la ville mais aussi de fins connaisseurs comme Kris.

L'album rappelle aussi des événements qui font le passé de Brest, comme les baraques où logeaient les Brestois, chassés de leur maison par les bombardements ou encore l'explosion de l'Ocean Liberty, un cargo norvégien, le 28 juillet 1947 et qui fera trente-trois morts. L'album donne à ce désastre un tour qui a tout d'une fiction comme le rappellent avec honnêteté les auteurs en début d'album. Mais ils n'oublient pas Yves Bignon et Francois Quéré, deux marins qui se sacrifièrent afin d'éviter l'explosion du bateau.

Le mouvement des prêtres ouvriers est évoqué avec René qui n'hésite pas à donner un coup de pouce aux actions ouvrières même en étant parfois un poil borderline ! Le cynisme patronal est joliment décrit : les ouvriers se sentent forts et peuvent faire grève car le plein emploi règne. Avec un chômage plus élevé, ils seraient bien moins combatifs envers le patronat... Une attitude qui ne surprendrait plus guère de nos jours tant la crise a pu s'expliquer par la possibilité de liquidation du social qu'elle permet !

C'est plutôt pas mal parce que bien conçu à partir d'une base historique solide et s'immisçant dans des milieux très différents (Eglise, mouvement ouvrier, bourgeoisie...). Le scénario apparaît parfois un poil caricatural mais le cynisme patronal est vérifié quotidiennement et les héros comme Yves Bignon et Francois Quéré ne sont pas un mythe.

Marc Suquet


  

Antonin 1937

Olivier BERLION, Jérôme FÉLIX, GALANDON, Damien MARIE

Bamboo, 2012
La Lignée, T. 1



Pas marrant d'appartenir à une famille dans laquelle les aînés passent tous l'arme à gauche à l'âge de trente-trois ans. Antonin, à une année de la date en question, largue femme visiblement pas très rigolote (mais bon, Antonin papillonne quelque peu en ville...) et milieu bourgeois pour filer le train à sa copine en direction de la guerre d'Espagne.

Soyons clairs, je n'ai pas aimé ce premier album d'une tétralogie qui en elle même constitue un tour de force : associer quatre scénaristes travaillant sur tous les albums et quatre dessinateurs qui, eux, ne bossent que sur un seul. Oui mais voilà, la présentation de la guerre d'Espagne me semble caricaturale : genre les bons d'un côté, les républicains, les salauds de l'autre, les nationalistes. C'est partiellement vrai, mais c'est aussi oublier la tiédeur de la réaction de Staline, qui, sous prétexte de soutenir les républicains, en profite pour nettoyer les Brigades internationales de tous les éléments opposés, comprendre non-staliniens, et des anarchistes : on trouvera des éléments sur ce sujet dans Hommage a la Catalogne de George Orwell mais aussi dans Land and Freedom de Ken Loach. L'image d'Epinal esquissée par cet album en prend un sérieux coup ! Il reste le courage des Brigades internationales dont les membres viennent de toute l'Europe combattre les nationalistes avec leur cri de ralliement : No pasaran !

Je n'aime guère non plus le dessin : des visages et expressions simples et dénués de détails. De gros traits noirs soulignent mais aussi alourdissent l'ensemble.

En tant que Brestois, nous attendons avec beaucoup d'impatience le deuxième tome qui décrira notre Brest chérie en 1954, juste après la guerre et ses bombardements : une période que les habitants de cette ville martyre n'oublient pas.

Marc Suquet

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