Le Cimetière du diable

ANONYME

Livre de poche, 2012
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Diniz Galhos



Troisième opus de la saga du Livre sans nom, où on retrouve Sanchez le patron du bar le plus pouilleux de Santa Mondega et Annabel de Frugyn la voyante, sans oublier bien sûr le Bourbon Kid. On s'échappe le temps de vingt-quatre heures de la ville maudite pour une excursion au fin fond du désert. Terminus : l'hôtel Pasadena, où a lieu chaque année un concours mythique de sosies de chanteurs vedettes trépassés dans la fleur de l'âge, le "back from the dead" show. Les couloirs de cet établissement de luxe vont bientôt voir passer les fantômes d'Elvis, de Janis Joplin, de Michaël Jackson, de Freddie Mercury et tutti quanti. Compte tenu des opus précédents, on se doute assez rapidement qu'il y a baleine sous gravillon. Parmi la foule venue acclamer les performeurs, et les pros venus pour gagner le prix (argent, gloire et contrat mirobolant) vont se mêler quelques invités moins glamours, quelques pique-assiettes peu ragoutants et même Satan en personne. Le directeur du Pasadena cache un sombre secret. Il ne fera pas bon être encore là à minuit, heure où se déchaînent les esprits maléfiques !

Le grand n'importe quoi continue. Après L'OEil de la lune, deuxième épisode des aventures du Bourbon Kid et de ses consorts à Santa Mondega, on pouvait s'attendre à une suite tout aussi colorée. Mais il faudra attendre Le Livre de la mort pour connaître le sort des principaux protagonistes de cette lutte sans merci entre le bien et le mal pour le salut (ou la perte !) de l'humanité. Ce troisième livre est une parenthèse pas tout à fait dans la continuité des deux précédents, une sorte de récit parallèle un peu incongru, même en connaissant la teneur "pulp" de la quadrilogie. Là, pour tout vous dire, je me suis un peu ennuyée. Ce n'est pas à cause du côté invraisemblable, toujours aussi joyeusement revendiqué, que d'une tonalité générale un peu plus poussive. Les lâches, les violents, les nonchalants, les cruels de l'histoire sont redondants, les péripéties sont mécaniques, les ficelles toujours aussi grosses mais un peu trop voyantes. On y perd en saveur, on y gagne en lourdeur. Comme par exemple avec Sanchez : on le sait, qu'il est bête et laid, et un peu trop satisfait de sa pauvre petite personne. Mais bon, on en a soupé de le voir faire boire son urine aux gens qui lui déplaisent, faire du gringue à des femmes mille fois trop sexy pour lui, s'enfuir dès qu'il y a du grabuge, se faire sauver par des caïds dont on se demande bien ce qu'ils lui trouvent, à cet anti-héros pitoyable. C'est un exemple parmi d'autres. Pour aller dans la métaphore culinaire : trop de gras, trop de sucre dans cette fournée, c'est lassant. Après on ressent le type d'écoeurement assimilable à l'expérience du doughnut, vous savez, cette pâtisserie américaine qui fait immanquablement penser aux flics en patrouille et à Homer Simpson. Donc je me permettrai de dire que celui-ci est plus fade que les précédents, et que je suis contente de retrouver la suite (et normalement fin) de l'histoire dans le quatrième tome, Le Livre de la mort, pour lequel j'espère pouvoir me fendre d'une petite chronique un peu plus enthousiaste. Cependant vous savez comment c'est, il est plus facile de commencer une série que de la terminer et la conclusion gâche parfois une belle idée. Suspense...

Marion Godefroid-Richert


  

L'Oeil de la lune

ANONYME

Livre de poche, 2012



Depuis le passage du Bourbon Kid, quelques mois plus tôt, Santa Mondega n'a pas vraiment gagné en paix civile ni en fréquentabilité. Le tueur sauvage a beau avoir liquidé bon nombre des suceurs de sang qui s'y vautrent, d'autres ont pris la relève, les loups-garous prospèrent, et Sanchez, le patron du bar le plus miteux de la ville, continue de servir de la pisse à ses clients. Jusqu'aux policiers qui s'avèrent être pires que les malfrats qu'ils pourchassent. Mais la gemme la plus précieuse du monde, l'Oeil de la lune et son porteur, le jeune moine d'Hubal, Peto, sont toujours dans la nature. Et maintenant son propriétaire légitime revenu du royaume des morts grâce à l'exécution d'une ancienne malédiction s'en vient à Santa Mondega pour la récupérer ainsi que le pouvoir qu'elle lui conférera à nouveau. Le Bourbon Kid va-t-il peut-être trouver adversaire à sa taille, enfin ?

Plus ça va, plus c'est n'importe quoi. Et pourtant la barre avait été mise très haut lors du premier opus, Le Livre sans nom. Là, on a droit aux agents fédéraux infiltrés chez les créatures du mal, qui ont-elles mêmes pris place chez les flics, la résurrection d'une momie, l'intervention du Saint Graal, le sacrifice d'une jeune vierge à minuit, une vilaine marâtre à côté de laquelle la belle-mère de Cendrillon fait figure de soeur Emmanuelle, un livre mortel style Death Note et des vengeances jurées sur des cadavres fumants de chers disparus. Ah oui, n'oublions pas le grand amour perdu de l'adolescente esseulée qui attend chaque année au même endroit son chéri disparu... Du n'importe quoi, on vous dit ! C'est inracontable, on voit encore mieux comment ça donnerait tourné par les Wild Bunch Compadre, et on s'amuse beaucoup. Le rythme de croisière est pris, un certain nombre de libertés scénaristiques s'entremêlent sur les ruines fumantes de la narration éclatée. En bref c'est à lire sans prendre quoi que ce soit au sérieux. C'est comme ça que se forgent les légendes littéraires. Miam !

Marion Godefroid-Richert


  

Le Livre sans nom

ANONYME

Livre de poche, 2011



Aïe ! Tout va mal depuis que les moines d'Hubal ont perdu leur pierre sacrée, l'oeil de la lune. Cette magnifique gemme serait dépositaire d'un incroyable pouvoir, celui de gouverner le satellite terrestre. Voilà pourquoi elle est fort convoitée. On en retrouve la trace dans la mystérieuse ville de Santa Mondega, au milieu d'un ramassis hétéroclite d'aventuriers qu'on peut qualifier de fort peu à pas du tout recommandables. Kyle et Peto, les deux jeunes disciples de la confrérie chargés de retrouver la pierre, vont faire connaissance de manière un peu rude avec le monde extérieur. Ils trouveront moult individus assez doués pour faire parler leurs poings et boire de l'alcool sur leur route. Parmi eux, il en est un qu'ils regretteront peut-être d'avoir croisé, le Bourbon Kid...

Le quatrième de couverture prévient qu'on se risque dans du "jubilatoire". Passons. Le terme est tellement galvaudé que peu importe s'il est adapté ou non. On parle aussi de Tarantino sur le synopsis. Petite erreur selon moi, on flirte certainement plus avec Robert Rodriguez, côté cinéma. Ce n'est pas très loin mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Il y a des airs de série Z dans le scénario. Les péripéties invraisemblables, les personnages outranciers, les dialogues à l'emporte-pièce, on a déjà vu tout ça dans Boulevard de la mort, Une nuit en enfer et Planète Terreur. Il n'empêche que tout tient ensemble avec talent, et qu'on passe un bon moment à rigoler. L'ouvrage est vendu comme un "thriller rock'n'roll". C'est plutôt une parodie très réussie, une version moderne de pulp magazine. Le récit a d'abord été diffusé sur Internet avant d'être publié sur support papier. On le retrouve dans sa structure, propice à la publication épisodique. Ce qui est réjouissant pour le lecteur amateur de genre, c'est la multiplicité des références au western, aux films d'horreur, à la SF, etc. Il y en a pour tous les goûts, en un cocktail assez détonnant. Pas de temps mort, le rythme est sauvagement soutenu. Du potentiel pour faire un excellent film et, au bout du compte, un excellent passe-temps de lecteur. Que demande le peuple ? Eh bien, la suite ! Et il l'aura, puisqu'il s'agit d'une quadrilogie programmée, dont le deuxième tome est déjà paru. Ruez-vous chez votre libraire, cet ouvrage vous aidera sans coup férir à endurer la fin de l'hiver.

Marion Godefroid-Richert

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