La Page blanche

Pénélope BAGIEU, BOULET

Delcourt, 2012



Rien de tel qu'un pitch simple pour vous mettre en jambes (ou pas). Soit une jeune femme sur un banc qui se demande ce qu'elle fait là. De fil en aiguille, elle s'aperçoit qu'elle a oublié tout ce qui fait son identité : son nom et son prénom, ce qu'elle aime ou déteste, quel boulot la fait vivre, etc. Et également le pourquoi de cette amnésie sélective (il lui reste quelques trucs de survie : l'usage du métro et du micro-ondes, entre autres). Pendant quelques semaines, le trouble va persister et le lecteur en maraude pourra suivre la quête et la lente évolution de la damoiselle vers l'illumination (ou pas, encore). Simple, on vous dit.

On ne devrait plus présenter Boulet. Révélé par Tchô, la magazine de Titeuf, tient un blog qui arrache du string, a l'humour et le trait précis. Entre autres gugusses de la BD infréquentables, s'est rendu coupable du dessin sur Donjon Zénith pour Sfar et Trondheim. Et Pénélope Bagieu a sa petite notoriété, quoique plus discrète. Dessinatrice et créatrice de l'inénarrable Joséphine, et tient un blog très sympa aussi. Pour cet opus, l'homme au scénar' et la demoiselle au crobard ont réussi à mêler leurs deux styles assez dissemblables au départ et à réaliser quelquechose d'hybride assez homogène et pas inintéressant. Des échappées vers l'humour quand la demoiselle s'imagine ce qu'elle a oublié en un nombre variable de possibilités plus ou moins loufoques. Mais une tonalité générale plus mélancolique. En fait le livre donne une impression de bilan un peu amer d'une femme qui, voguant vers la trentaine et son arôme d'état des lieux, se rend compte que l'exercice introspectif est périlleux pour qui l'a soigneusement évité jusque-là. C'est un peu étrange à l'arrivée, intriguant, mais il manque un je-ne-sais-quoi pour le rendre profond, et donc captivant. Le dénouement en laissera plus d'un(e) sur sa faim. Dont je fais partie, hélas. Il y a pourtant nombre de choses à garder dans l'album. L'expressivité riche de l'héroïne (merci Pénélope), de belles couleurs, des personnages secondaires soignés. Et puis la patte de Boulet pour les fantasmes de la demoiselle, notamment au moment d'ouvrir pour la "première" fois la porte de son appartement. Donc bon ouvrage, mais je n'irai pas jusqu'à excellent.

Marion Godefroid-Richert

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