Petit béguin et gros pépins

Daniel CASANAVE, Patrice LARCENET, Vincent ZABUS

Glénat, 2013
Les Chroniques d'un maladroit sentimental, T. 1



Premier acte du nouvel amour de Gérard Latuile. Il a rencontré Florence, elle lui plaît, il la veut. Serait-ce la femme de sa vie ? Elle est plus vieille que lui et a trois enfants. Elle a également une poitrine de taille normale. Son coeur lui murmure qu'elle est désirable mais sa raison observe, amusée, qu'elle ne rentre pas tout à fait dans le moule de ses précédentes conquêtes. Et tant mieux ! Quand on voit comment ça lui a réussi. Ce premier round ne sera pas sans embûches cependant (ben oui, sinon il n'y aurait pas grand chose à raconter).

Bon, ils s'y sont mis à trois. On a donc un héros un peu à l'ouest qui descend tout droit de monsieur Jean qui aurait fait un tour par chez Tronchet pour la louze et Pedrosa pour le dessin. Le narrateur, qui est aussi le héros, s'adresse en quasi-permanence au lecteur. Lui posant des questions, resituant le contexte, éclairant les péripéties, faisant aussi appel à quelques interlocuteurs imaginaires. Le résultat n'est pas désagréable mais laisse un peu sur sa faim l'amateur de finesse psychologique/ethnologique. Il y a un certain nombres d'auteurs, de séries, d'albums qui se sont frottés aux fameux trentenaires qui ont du mal à se trouver et/ou à vaincre leurs problèmes émotionnels. Celui-ci n'est pas sans intérêt mais a besoin d'être un peu creusé, tant au niveau de la profondeur qu'au niveau des péripéties de sa relation avec sa donzelle. A voir au suivant opus. Je signale au passage qu'on ne se tord pas de rire, et que ce n'est pas le but du trio malgré ce qui est "vendu" en quatrième de couv'. Comique, d'accord, humoristique, sans contestation. Soyez avertis.

Marion Godefroid-Richert


"Les femmes sont souvent chiantes, voire toujours quand c'est des canons !" Un constat très perso sur lequel Gérard Latuile, un nom de gagneur, s'appuie pour son rencart avec une nouvelle possible conquête. Ce gars-là est quand même capable de demander à son ex des conseils pour draguer la nouvelle ! Mais cette nouvelle femme lui plaît un max. Pourtant, elle a des petits seins. C'est fou, quand même !

C'est carrément fou aussi quand Gérard Latuile décolle au moment où Florence lui propose de l'accompagner au théâtre, mais se cache quand il remarque qu'elle a deux gosses. Gérard Latuile, version vieux, prodigue ses précieux conseils à lui-même, plus jeune. Quant à maman, elle sort de la cuvette des toilettes pour donner ses incontournables conseils ! Et quelle maladresse de la part de ce Gérard, qui transforme son appartement en serre lorsqu'il croit percevoir chez Florence une tendance écolo. Manque de chance, elle aime pas trop, mais par contre, Chagall, elle adore. Et là, l'amoureux transi n'a rien préparé !

Et les réunions de famille : rien de tel que d'avouer qu'on a une copine de quarante ans et qu'elle a trois enfants : ça te plante une ambiance d'enfer dont on se souviendra longtemps dans les annales familiales ! Quant à la première visite aux enfants de sa nouvelle, là, c'est du lourd. Elles ont du caractère... Sûr que, le Gérard, il va en baver un max.

L'album est organisé en quatre chapitres : la carte du tendre de Gérard. Amusante aussi cette façon de s'adresser directement au lecteur. Ça donne une vraie pêche au boulot. L'album est plutôt pas mal, plein de réflexions personnelles et rigolo. J'ai bien aimé.

Marc Suquet


  

Crevaisons

Daniel CASANAVE, Manu LARCENET

Dargaud, 2009
50 pages. 10 euros



Dans un cimetière, un vieil homme survit au milieu de ses 33 tours de musique punk. Son rôle est de garder les pensionnaires du cimetière. Une nuit, le soldat inconnu apparaît.

Crevaisons est le 5ème tome des histoires rocambolesques réalisées par Larcenet, seul ou en coopération avec Casanave. Entre le cimetière et la grande guerre, la mort est omniprésente dans ce nouveau travail du tandem. Une mort pleine de folie, celle de la grande guerre et de scènes horribles et inutiles de soldats exécutés par leurs officiers, car refusant de servir de chair à canon. Mais une mort bonhomme également, le gardien du cimetière est un petit vieux, fana de la musique punk qu'il fait hurler chez lui. Où est la frontière entre la vie et la mort, nul ne sait ?

On évoque également une société totalitaire, dans laquelle, après les nombreuses guerres, toutes les distractions sont mises sous tutelle. Mais cette société est bien loin et l'on reste dans les citées post-mortem, créées pour rassembler les morts. Une société qui élimine toute action inutile, comme cela est inscrit en grand sur les murs du cimetière : "Honorer ses défunts  c'est négliger son gagne pain" ou encore "Se souvenir n'est pas produire".
L'histoire est celle de cette rencontre entre ces deux hommes, l'un près de la mort et l'autre déjà de l'autre côté. Deux hommes perdus, ensemble.

C'est un bon album racontant une histoire macabre, pleine d'humour noir mais aussi de fantaisie.

Marc Suquet


Avec le temps qui passe, il est de plus en plus difficile de parler des albums de ML. Non pas qu'il n'y ait rien à en dire, mais le propos s'étoffe autant qu'il devient elliptique avec l'âge. On tourne ici autour de l'antimilitarisme viscéral de l'auteur pour retourner comme une sale crêpe un symbole national qui n'est plus cher en majorité qu'à une frange peu fréquentable de la société française. Le soldat inconnu vu par Larcenet ne pouvait pas être un héros inconnu, il se devait d'être un pauvre type, ordinairement lâche et con, comme tous ses semblables (et j'entends par là l'ensemble de l'espèce humaine, pas forcément ses représentants armés). Il est bien sûr poursuivi au delà de la mort par ses remords, sa mauvaise conscience, ses erreurs de jeune imbécile dépassé par la barbarie grotesque de toute bataille patriotique. Ah, Barbara quelle connerie la guerre ! Le dessin de Casanave suit et colle à ce récit de poisse morale, et le sert admirablement. Les couleurs sont parfaites, et la fin de l'histoire comporte de manière inattendue une petite note d'espoir qui met un peu de baume au coeur du lecteur qui n'aura pas beaucoup rigolé (mais ce n'était pas le but de l'album). "Cela est bien dit, mais il faut cultiver notre jardin". Alors Manu, on s'est mis à fréquenter Voltaire à l'aube de la quarantaine rugissante ?

Marion Godefroid-Richert

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