Rien ne nous survivra

Maïa MAZAURETTE

Folio SF, 2011



Les vieux sont capables de tout et coupables d'encore plus : ils ont inventé entre autres le capitalisme, le dressage trans-générationnel, détiennent pouvoir et richesses, en dépouillent impitoyablement les jeunes. Il était donc écrit qu'un jour ces esclaves de toujours se révolteraient dans le sang et l'horreur. Tous les plus de vingt-cinq ans ont depuis deux ans une sacrée épée de Damoclès au-dessus de la tête. Les jeunes les massacrent au fusil, au couteau, à la poêle à frire s'il le faut, à commencer par leurs propres parents, responsables de les avoir privés de la possibilité de ne serait-ce que rêver. Au milieu des décombres de Paris-sud, zone franche que la guérilla urbaine a dévolue aux factions plus ou moins armées de la révolte des jeunes, évoluent quelques figures emblématiques. Silence et Immortel, les snipers qui se tournent autour comme des félins furieux en maraude. Vatican, qui réussit la prouesse d'être la secrétaire d'un mouvement sans leader, sans parti, sans armée. Narcisse, la beauté défigurée qui clame le droit de la jeunesse à se trouver belle et périssable. Ces protagonistes courent comme des fantômes dans les immeubles abandonnés, dans les souterrains du métro, s'aiment ou pas, se détestent ou se méprisent, et tuent du vieux jusqu'au bout, puisque dans deux mois la coalition des armées européennes viendra en finir une fois pour toutes.

Maïa Mazaurette a réussi la prouesse de renouveler le genre de la fiction apocalyptique auxquels tant se sont frottés avant elle, en littérature ou au cinéma. Cette logique poussée jusqu'au bout est fascinante. Pourquoi en effet ne pas imaginer une société où l'espérance de vie ne dépasserait pas un âge limite au terme duquel les citoyens seraient mis à mort ? Serait-ce la solution aux grands problèmes de notre pauvre planète, surpollution, surconsommation, surexploitation des richesses naturelles ? Que les amateurs se rassurent, voilà un angle que l'auteur n'aborde pas le moins du monde ! Elle préfère se pencher plutôt sur les cas particuliers des deux snipers et de leur histoire improbable d'amour/haine. La révolte sert de toile de fond, très réelle et réaliste mais plutôt secondaire. Des anges de la mort, des esthètes maudits, des enfants implacables, elle fait de ses deux personnages d'incroyables figures, sans rien de commun avec des héros ou des salauds, un autre genre très personnel d'icônes charismatiques. La lecture de ce roman est captivante, sa forme très dynamique (alternance des points de vue de Silence et d'Immortel) et son rythme, parfait. On apprécie aussi le réalisme de l'appréciation faite de l'auto-endoctrinement des jeunes, de la lassitude face aux contraintes matérielles de la guerre, de la capacité très difficile à surmonter des groupes humains à se réguler toujours autour des mêmes shémas et donc à replonger dans les mêmes travers. Pour ma part, j'ai apprécié deux simples réflexions de l'auteur : en premier lieu cette guerre est perdue pour les vieux quoi qu'il arrive puisqu'en écrasant la révolte de jeunes dans le sang ils se privent de plusieurs générations de leur propre descendance en même temps. La perte est humaine, émotionnelle, économique. Et deuxièmement cette révolte des jeunes est vouée à l'échec : les obstacles sont trop nombreux, une issue favorable n'est tout simplement pas envisageable. Preuve que le challenge d'écriture n'était pas dans l'élucubration sociale. De fait, ce qui est attirant c'est le cheminement idéologique des jeunes assassins, que l'auteur arrive à rendre crédible et parfois légitime ! Dérangeant, déroutant, intriguant. Comment se retrouver à comprendre et accepter cette solution aux problèmes de la France d'aujourd'hui ? C'est tout le talent un peu effrayant de Maïa Mazaurette que de nous inviter à l'envisager.

Marion Godefroid-Richert


Une guerre. Une guerre des jeunes contre les vieux, dans Paris, parmi les musées et les palais. Une guerre ou la sauvagerie le dispute à la cruauté, mais avec l'insouciance comme parfum. Mais une guerre quand même avec son lot d'exactions, de fanatiques et de gâchis. Une guerre avec sa propagande "jeuniste" qui semble plus vraie que nature. Peut-être parce que le conflit de générations est déjà là...

De prime abord, le projet de ce livre m'a semblé un peu fou : je me demandais comment l'auteur allait se sortir de cette guerre absurde perdue d'avance. Mais, heureusement, au-delà du conflit lui-même, c'est vraiment le duel entre snipers qui permet au livre d'atteindre une autre dimension. Ces "dieux" du même camp, Silence et Immortel, vont se livrer un combat à leur démesure, qui leur fera oublier le monde en déliquescence qui les entoure.

Et peu à peu on rentre, à travers le prisme de ces deux personnages, dans l'intimité de la guerre. On découvre comment la grâce s'y transforme en fanatisme et comment la haine et l'amour finissent par ne faire plus qu'un. C'est assurément un livre fort qui ne laissera pas indifférent.

Ismaël

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