Qui dit noir dit blanc

Antoine GUILLOPPE, Mario URBANET

P'tit Glénat, 2011



Dix contes du monde entier en forme de fables sur la différence, les faux-semblants et la façon de s'en accommoder, où "rien n'est jamais tout blanc ni tout noir".

Premier constat en forme d'expérience : ce livre est tombé des mains de ma fille de 8 ans, élève moyenne de CE2. La faute à un vocabulaire beaucoup trop riche pour son niveau. C'est un travers que l'on retrouve dans nombre de publications pour la jeunesse et que, très personnellement, je déplore. Il ne serait pas difficile, en effet, d'écrire avec autant d'élégance sans verser pour autant dans l'élitisme déplacé. Qu'aurait-on perdu à choisir "supposer" au lieu de "supputer", "côte à côte" au lieu de "de conserve", "marais" au lieu de "marigot" ? Quel besoin y avait-il de glisser une référence à Harpagon, sachant qu'elle n'avait aucune chance d'être comprise ? C'est dommage et dommageable : à trop vouloir les tirer vers le haut, on condamne des innocents à la pénible lecture de Oui-Oui à la plage et autres disniaiseries.

Cela étant dit, si cet ouvrage laisse sur le carreau les jeunes lecteurs autonomes, il se prête formidablement à une lecture à voix haute par un adulte (pour peu qu'il prenne la peine de glisser çà et là quelques synonymes et explications), d'autant que la langue est, il est vrai, fluide et raffinée. Les contes sont originaux, intelligents et bien menés. On voyage d'un bout à l'autre du monde et on s'amuse beaucoup à découvrir les aventures de ces animaux qui nous ressemblent tant. La petite morale de conclusion est enfin le prétexte à d'agréables discussions avec les philosophes en devenir à qui est destiné cet album. Le bonheur d'un enfant à découvrir une vérité autre que celle qui lui crevait les yeux est chose incomparable.

Un mot sur les illustrations. Sur ce point, mon témoin clé est formel : c'est superbe. L'émerveillement de ma fille était palpable et je l'ai surprise à admirer longuement une page après la fin d'une histoire, fascinée par un arbre de l'ombre duquel surgit un loup tandis qu'une trouée dans ses branches dessine les contours d'un agneau. La technique est admirable et sert à merveille le propos de cet album qui joue sur les contrastes et ce que dissimule tant l'ombre que la lumière.

Un très bel album pour d'agréables moments de lecture à voix haute.

Louis Hervé

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