Port d'Ames

Lionel DAVOUST

Critic, 2015



Rhuys ap Kaledán, débarque à la cité franche d'Aniagrad. Tout juste libéré de ses années de service, il tente de remettre sur pied le nom de sa famille déchue avec l'aide d'un ancien ami de son père, Edelcar Menziel. Au fil de son ascension, il s'apercevra du véritable visage d'Aniagrad. Si tout peut s'y acheter, les habitants ne montrent qu'une face de la cité. Pour Rhuys, ce dédale de faux-semblants et d'hypocrisie sera l'ouverture vers un passé qu'il aurait aimé ne pas connaître.

Evanégyre est la création de Lionel Davoust. A travers nouvelles, novella et maintenant roman, il construit l'histoire d'un monde. Toutes les portes qu'il ouvre sont indépendantes les unes des autres. Le lecteur pourra y entrer qu'il soit novice en la matière ou expert dans la bibliographie "davoustienne". C'est là une des réussites de ces récits : construire un monde cohérent au fil de centaines d'années où tout lecteur, quelle que soit la porte d'entrée, puisse se retrouver.

Dans Port d'Âmes, l'auteur montre tous les vices d'une ville gangrénée par l'humain. Le jeune héros Rhuys ap Kaledán devra à son tour s'y plonger pour survivre. Seul havre de paix : le transfert. Mais, quand il apprend la terrible vérité sur cette marchandise, il essaie de sauver la jeune fille qui le pratique. A travers le récit de Rhuys, l'ingénuité qui le caractérise (au début, du moins), c'est toute la société que montre Lionel Davoust. Les trahisons pour l'argent, le pouvoir (quelquefois les deux), les machinations politiques... rien ne nous sera épargné. Port d'Âmes est plutôt une descente aux enfers.

En voulant offrir au lecteur toute la psychologie de la cité, Lionel Davoust détaille des personnages dont il pousse les raisonnements à l'extrême limite. A la fermeture du livre, le lecteur sera soufflé, tant la masse d'ambiance et d'informations sont (trop ?) présentes. Bien que nous ne puissions pas comparer les auteurs, ce livre me fait penser à deux oeuvres d'Honoré de Balzac : Le Père Goriot et La Peau de chagrin. Le premier pour la montée sociale du héros, le second pour la perte d'âme lors du transfert.

Au moment de conclure, on est en droit de se demander si Port d'Âmes peut être aimé. La vision d'Aniagrad, totalement corrompue par l'humain, celle du transfert, qu'on doit accepter. Deux réalités qui s'opposent dans un mélange d'émotions. Au milieu, un enfant, devenu adulte qui doit assumer ses choix. Une histoire intense qu'on n'est pas près d'oublier.

Temps de livres


  

La Nuit

Lionel DAVOUST

Don Quichotte, 2012
Léviathan, T. 2



Michael Petersen est contre toute attente vivant, même si plongé dans un coma profond. Avec une partie de l'équipe scientifique, il est rapatrié de toute urgence. De son côté, obéissant au Comité, Julius s'efforce de maintenir Michael dans une vie de profane, avec l'illusion d'une vie de famille parfaite. Malgré cela, plusieurs événements vont changer la donne. Des meurtres inexpliqués surviennent dans l'entourage du zoologiste, et le FBI, en la personne d'Andrew Leon, commence à mener son enquête.

Si le premier tome de Léviathan flirtait avec le fantastique, ce deuxième livre nous y fait entrer de plain-pied. Lionel Davoust continue d'explorer l'univers de Michael et lui fait subir mille tourments pour notre plus grand bonheur. Dans ce tome, le monde de notre "héros" éclate. Depuis son accident en Antarctique, le "jeu" du Comité se brouille et les alliés d'hier s'affrontent. Un récit dense où conspiration, chamanisme et action dantesque se confondent.

Un récit qui se divise en deux parties : le rêve de Michael puis son réveil. Cette première partie est moins facile d'accès au profane puisqu'on y parle des rêves et du voyage intérieur du scientifique, alors dans le coma. Il est néanmoins indispensable à la compréhension générale du tome puis de la série. Le tempo de la deuxième partie est plus soutenu. L'auteur nous entraîne dans un chassé-croisé des plus jouissifs. Au vu des événements, chaque personnage s'interroge sur sa destinée. Veulent-ils rester maîtres du destin (voie de la main gauche) ou rentrer dans le rang (voie de la main droite) ? Habilement, Lionel Davoust sème des bribes de réponses qui font écho à notre propre questionnement.

Si certaines actions sont dantesques (combat à l'épée, formulation de l'accommodat), elles ne seraient rien sans des personnages à la hauteur. Avec une imagination débordante, Lionel Davoust construit des protagonistes hauts en couleur. Du mage Julius, dont la morgue est à la hauteur de son mode de vie grandiloquent, à Michael Petersen en dormeur prêt à se réveiller, tous ont des caractères particuliers dont la face cachée est prête à surgir. Un autre visage qui surprendra plus d'un lecteur.

Avec ce deuxième tome, Lionel Davoust montre qu'il a bien compris son sujet : écrire un roman en trois parties. Comme pour le premier tome, il applique les règles pour mieux les détourner. On retrouve les bases du thriller, de l'ésotérisme, le complot à grande échelle, la recherche d'identité... Lionel écrit tout cela en ajoutant quelques éléments de son cru. Des éléments surprenants, voire incongrus, qui s'ajoutent au récit et donnent à cette cuvée nocturne un goût original. A savourer tranquillement en attendant le troisième tome. Ca va être dur, l'addiction gagne du terrain.

Temps de livres


  

La Chute

Lionel DAVOUST

Don Quichotte, 2011
Léviathan, T. 1



C'est un comble, mais Michael, biologiste marin, a terriblement peur de prendre la mer ! Faut dire qu'à sept ans, le petit Michael était sur le Queen of Alberta au moment de son naufrage, durant lequel il a vu disparaître ses parents. On le comprend donc. En 2011, il poursuit une vie tranquille à L.A., avec sa famille. Mais il se porte volontaire pour une mission dans l'Antarctique.

Bien sûr, le scénario est beaucoup plus complexe que ce qu'il laisse entrevoir : Michael, mais aussi d'autres de ses proches, va se trouver aux prises avec une organisation secrète, le Comité, et ses deux tendances qui s'affrontent, la Main gauche et la droite. L'ensemble paraît bien engageant avec des machinations, des trahisons, des voyages à travers les continents, des pouvoirs extraordinaires aussi puisque les membres du comité possèdent un savoir commun qui leur permet de manipuler les gens à leur guise.

Le bouquin comporte des scènes d'action rythmées et notamment dans sa dernière partie, lors du séjour de Michael en Antarctique. J'aime bien le côté psychologique du héros : sa phobie de la mer et ses super-angoisses lors de la montée sur le bateau qui l'emmènera en Antarctique.

J'y ai vu un peu de "mais", dans les descriptions du Comité qui sont longues et souvent n'apportent pas grand-chose à l'ensemble. Elles paraîtront peut-être plus diluées lorsque l'on pourra lire les trois tomes de Léviathan. En effet, l'ensemble constituera une trilogie qui s'achèvera en 2013 avec les deux autres tomes : La Nuit et Le Pouvoir.

Marc Suquet

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