Prototype

Ralf KONIG

Glénat, 2011



L'histoire va vous rappeler quelque chose, jugez plutôt. Un arbre au milieu d'un jardin extraordinaire, empli d'animaux paisibles. Un serpent dessus, qui  philosophe en interpellant le Tout-Puissant régulièrement pour le confronter aux insuffisances de sa création. Dieu finit par se lancer sur un projet ambitieux, un animal un peu plus doué que les autres, et le premier à être vêtu (une feuille de vigne judicieusement placée). L'homme est né. Bien sûr, le serpent n'a de cesse de l'amener à goûter au fruit de la connaissance. De fil en aiguille, deux protagonistes se mêlent à cette grande séduction : la femme (classique) et une girafe (moins classique)... le premier ménage à trois de la création !

On a connu Ralf König plus inspiré. On retrouve çà et là l'humour truculent et corrosif qui a fait la réputation du dessinateur-scénariste, mais juste par  touches, comme un fantôme de ce qu'il a été. Gageons que c'est un passage à vide, tant les dernières productions de König étaient réussies. Djinn DjinnEt maintenant, allongez-vous étaient de petits bijoux dans leur genre. L'auteur y confrontait joyeusement homos et hétéros sans y atténuer son mordant,  et c'était bon. Là, déception. Le sujet l'a très clairement moins inspiré. Honnêtement, si vous n'avez jamais essayé, ne commencez pas par celui-là.  Vous n'y reviendriez pas et ce serait dommage. D'habitude Ralf König est corrosif, drôle, percutant. Il sait comme personne épingler les travers des deux  communautés. Le sujet biblique, en abordant la thématique de la sexualité et des rapports homme-femme sous l'angle naturaliste, offre certainement moins d'opportunités de briller à un auteur convaincu de sa non-pertinence. A oublier.

Marion Godefroid-Richert


L'apparition de l'homme sur terre et ses petits ajustements. Dieu n'a pas la tâche facile et on ne peut pas dire que le serpent soit là pour l'aider.

Ralf König est surtout connu pour les aventures de Conrad et Paul, qui racontent sans tabou ni pincettes la vie d'un couple d'homosexuels que tout oppose. Il est déjà arrivé que König s'empare d'une histoire classique pour en donner sa version. Lysistrata, par exemple, est une belle version de ce qu'aurait pu donner la guerre si Aristophane avait eu accès aux poppers. Mais le must reste Iago, où Shakespeare lui-même raconte comment lui viennent ses idées dans un monde où les acteurs sont tous des hommes même pour un rôle de femme. Du coup, l'attente de la production de cet auteur allemand en français est toujours un grand moment jamais déçu jusqu'à cet album. En effet, c'est l'introduction de l'homosexualité dans ces histoires classiques qui révèle l'art de la narration et de la construction de M. König. Ici, il n'en est rien. Une petite aventure zoophile est bien censée remplacer ce décalage attendu mais ça ne marche pas, même si cela donne les meilleurs (et seuls) bons moments de l'album. On sent qu'il oscille en permanence entre la volonté de faire une histoire pour tous et ses bonnes vieilles habitudes d'histoires salaces.

Il avait attaqué la religion sans hésitation dans ses deux albums de la série Djinn djinn. Ici elle le bloque dans tous les sujets abordés et ne réussit même pas à rendre cette histoire un peu sympathique. Dommage. J'attends avec impatience la traduction de son prochain opus pour réparer cette unique faute dans son parcours.

Roland Drover

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