B comme bière

Tom ROBBINS

Gallmeister, 2012
La bière expliquée aux (grands) enfants. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Happe.



La petite Gracie est intriguée : la bière qu'ingurgitent les adultes comme elle du coca est bien jolie dans les verres, avec ses reflets dorés. Pourquoi donc son père refuse-t-il catégoriquement qu'elle en boive ? Et donc, un jour, après quelques menues péripéties, elle se sert dans le frigo et vide une canette de manière intégrale. L'occasion de rencontrer la fée de la bière et d'en apprendre très long sur cette boisson qui fut inventée par les Egyptiens il y a des milliers d'années.

Est-ce que ça ne vous a jamais frappé ? Les hommes ont un génie très sélectif. Je parle bien de la moitié masculine de l'humanité. Vous pouvez arrêter n'importe quel quidam dans la rue et lui demander où sont rangés la pelle et la balayette chez lui (ou bien au choix, la dernière fois qu'il a vidé le sèche-linge), et il y a de fortes chances que vous obteniez au mieux un regard bovin, au pire un petit rire incrédule. Et ceci bien sûr, parce que la réponse est a) non, mais je suis sûr que ma femme a des informations sur le sujet et b) le 12 avril 2007, je m'en souviens très bien, c'est parce que... Je porte le défi sur le plan planétaire. Ca concerne le mâle occidental de base, l'Esquimau dans son igloo, le gaucho dans la pampa, etc. Mais, par contre, dès qu'il s'agit d'alcool, alors là tout le monde est au garde-à-vous. La lecture de l'ouvrage de Tom Robbins, B comme bière, (ben oui, enfin j'y viens) renseigne en effet de manière très complète sur le processus de fabrication de ce breuvage étonnant. Et y'a du boulot ! Et vas-y que je te grille de l'orge, que je te le fais mariner, et mousser, et fermenter, et qu'en plus on met des fleurs de houblon femelles à un moment. Et à la fin on en boit, on rote et on fait beaucoup pipi. La morale de cette histoire, selon l'auteur, c'est que quand on en consomme suffisamment (soit ni trop ni trop peu) on s'approche un peu du Mystère. On touche du doigt le Merveilleux. Ca fait beaucoup de M majuscules hein ? Oui, mais la bière, c'est sérieux. Donc il faut commencer à en parler très tôt aux enfants. C'est un peu comme Dieu avec le catéchisme/talmud/medrasa and co. La bonne nouvelle c'est que ça y est, Tom Robbins a écrit une très bonne explication du breuvage sacré à l'usage des petits et grands enfants. Et que la forme adoptée, avec une petite fée rigolote et une gamine piquante, rend le récit très charmant, coulant même. La mauvaise, c'est que ce n'est toujours pas gagné pour que ces messieurs se lèvent du canapé et aillent faire la vaisselle avant que les formes de vie qui se développent dans l'évier n'aient inventé la roue, voire aient monté une fusée pour aller sur le lustre du salon. Hélàs ! Continuons donc à lire, mes soeurs, et gardons espoir. La situation ne peut que s'améliorer après tout. Ils sont capables d'inventer la boîte de conserve et, après, ils ont mis quarante-quatre ans à mettre au point l'ouvre-boîte (véridique, p. 17), mais ils y sont arrivés, n'est-ce pas ?

Marion Godefroid-Richert


  

Un parfum de jitterbug

Tom ROBBINS

Gallmeister, 2011
coll. Americana



Rarement quatrième de couverture aura été aussi concis et cependant exhaustif. Soient les aventures du roi Alobar le conquérant, chef de tribu du huitième siècle en Bohême qui refusa de se soumettre à la tradition en étant tué au premier signe de vieillissement. Il se lance dans ce qui n'était pas encore l'Europe et au-delà à la poursuite de l'immortalité. Sur sa route, il croisera Pan le dieu aux pieds fourchus et à l'arôme incomparable de bouc en rut, Kudra la jeune indienne passionnée de fragrances qui se rebellera elle aussi contre l'injuste destin promis, et les docteurs bandaloops, gardiens du secret de longue vie. Sa quête le mènera tout autour du globe et jusqu'à nos jours où elle interfèrera malicieusement avec les vies de plusieurs personnages hauts en couleur, par l'intermédiaire le plus improbable, modeste et dédaigné qui soit : la betterave.

Enfin, un autre hurluberlu peut rejoindre Christopher Moore dans la case qu'il occupait auparavant seul en majesté. Tim Robbins développe le même humour, le même sens paillard et rigolard de la narration, la même galaxie littéraire peuplée de références culturelles n'appartenant qu'à lui. L'écriture de ce roman est ô combien réjouissante et satisfait les mains autant que l'esprit. Une production de Gallmeister, cet éditeur au goût si sûr qu'on peut presque prendre un de ses livres sans lire un aperçu ce qu'il contient, juste sur la foi qu'il a été choisi.

On pourrait au départ se demander pertinemment s'il s'agit bien de littérature noire et s'il est légitime d'en retrouver une chronique sur le site de MGRB. Tim Robbins est - tout comme Moore ou même notre dernier coup de coeur en date, Carlos Salem - trans-genres, tellement bon sur le loufoque qu'on ne peut définir avec certitude à quel bord il appartient. Les éléments fantastiques du récit, le ton gouailleur et les ruptures de style rangent le roman du côté noir. La fluidité du discours, les références précises, la connaissance pointue des sujets abordés voguent plutôt du côté blanc. Mais après tout on n'est pas obligé de se décider, foncez. C'est du plaisir en plus de 400 pages (vous aurez le temps de savourer).

Marion Godefroid-Richert

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